Karak Vanne, signé Arzhiel

Forum de l'oeuvre littéraire d'Arzhiel.
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La Saison 2

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Eidhir
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:10

Episode XXXXVI – Le Mystérieux Soupirant

Arzhiel intima le silence à ses conseillers et leva le nez de ses recueils. La porte venait de s’entrouvrir. Une silhouette sombre en émergea, effectua une maladroite roulade et se plaqua contre le mur en se noyant dans les ombres. Arzhiel fixa son espion vêtu de noir, le visage peinturluré au cirage et se planta devant lui.

- Qu’est-ce que vous venez faire le clown ici, vous ? Vous voyez pas qu’on bosse ?
- Chuuuuut !
soupira l’espion immobile. Je suis un mur.

Arzhiel lui donna un coup de pied dans le tibia et l’espion s’écroula en couinant.

- Vous êtes digne de votre réputation, monseigneur ! Votre œil expert a su me percer à jour malgré tout mon talent de furtivité !
- Bigre, il est drôlement impressionnant votre talent ! Sinon, vous veniez pour la pause détente ou vous aviez une vraie raison de nous interrompre ?
- Je viens au rapport, seigneur ! Ma filature sur Damoiselle Glenys a porté ses fruits !
- Vous avez fait espionner notre invitée d’honneur ?!
s’offusqua un conseiller. La fille du seigneur Fjorvar Sombrécu ?! Elle est l’égérie du peuple nain de la région !
- C’est vrai qu’avec ses mensurations idéales, 100-100-100 et son titre de noblesse, c’est une véritable muse pour nos nains,
renchérit le second. Elle ne manque d’ailleurs ni de courtisans, ni de succès !
- Ce ne serait pas par rancune après qu’elle ait repoussé vos avances, seigneur, que vous avez mis en place cette filature ?


Arzhiel devint écarlate et plaqua sa main contre celle de son conseiller en montrant en même temps Elenwë qui somnolait dans un coin et son poing volumineux.

- Hum, hum, mais pas du tout ! lança-t-il d’un ton mal détaché. C’est…pour sa sécurité !
- Je croyais que je devais découvrir qui était son amant secret ?
fit l’espion, surpris.
- Son amant ?! s’écrièrent les conseillers. La rumeur disait vraie ?!
- Un peu mon neveu ! Elle est partie le rejoindre là. Je venais avertir notre seigneur.
- L’amant de Glénys, c’est tentant. Mais j’ai une tonne de rapports à bûcher et…Oh et zut ! Hé, Pic, Poc et Puc ! Justifiez votre solde avec tout ça, je vais en balade !


Arzhiel sortit en poussant son espion, échappant ainsi aux jérémiades de ses ministres.

- Quand je pense que cette garce a éconduit la moitié des nains du pays et moi avec ! Je me demande de qui elle est allée s’amouracher ! Sûrement un prince, un tueur de géants ou mieux, un cuisinier. Sinon je vois pas !
- Regardez, seigneur !
dit l’espion en montrant la jeune naine assise à l’écart d’une grotte. Elle est là, elle attend son fiancé ! Allons rejoindre les autres pour mater !
- Quels autres ?!
demanda Arzhiel avant de découvrir Ségodin, Svorn et Rugfid tapis non loin.
- Je les ai invité, se justifia l’espion. Je leur devais à tous du pognon, vous comprenez.
- Oui, tandis qu’avec moi, c’est juste histoire d’obéir aux ordres hein. Je vous préviens les boulets, le premier qui nous fait repérer, je l’envoie en pension chez un allié orque !
- Je suis vachement excité,
ricana Rugfid. Je suis curieux de savoir comment un nain a réussi à la séduire, la Glénys. Moi je lui ai offert un mille-pattes, un burin tout neuf et un fond de pichet de vinasse, elle m’a tout envoyé en travers de la tronche.
- C’est ça l’odeur de pinard ?
grimaça Ségodin en reculant.
- Fermez-la ! Voilà quelqu’un ! C’est…Non, c’est bon, c’est que Hjotra. Ce benêt a encore du se perdre dans les galeries en cherchant les latrines.
- Vous lui aviez pas donné un pot de chambre portable à cause de ça ?
- Si. Il l’a paumé aussi.
- Non, c’est moi qui le lui ai braqué,
avoua Rugfid. Il le gardait serré contre lui, je croyais que c’était précieux. C’est marrant, mon receleur me l’a aussi jeté sur la tronche.
- Ouais, je savais bien que c’était pas une banale odeur de vin,
commenta Ségodin.
- Dîtes, les interrompit Svorn, je ne suis pas expert en subtilités féminines, mais quand une naine roule une pelle à un nain, elle essaye pas de lui faire passer un message ?
- Par les cages à miel de Gazul !
s’étrangla Arzhiel. C’est ce bougre d’atrophié du bulbe de Hjotra son fiancé !
- Je croyais qu’il sortait avec l’une des bergères humaines de la vallée ?
- Ils ont rompu,
le renseigna Ségodin. Elle s’était rendue compte qu’il ne la fréquentait que pour ses bêtes. Me regardez pas comme ça, les seuls nains qui acceptent de me parler à la taverne, c’est les poivrots plein de ragots et trop souls pour me reconnaître.
- Je suis vert comme un orc,
balbutia Arzhiel en voyant les amants s’enlacer. Rapprochons-nous, je ne sais pas ce qu’il peut lui raconter, mais ça doit valoir le détour.

Le groupe trottina discrètement vers le couple et trouva une cachette plus proche sans se faire remarquer, même quand l’espion voulut tenter la double roulade et heurta la paroi avec fracas. De leur position, ils purent tendre l’oreille, se bousculant les uns les autres.

- Vous êtes si spirituel, messire Hjotra, gloussait Glénys.
- Spirituel, ça a un rapport avec les vins, non ? Vous dîtes ça à cause de mon haleine ?
- Hihi, grand sot, vous êtes impayable. Si censé et plein d’humour !
- Mes aïeux,
marmonna Arzhiel. La malheureuse a complètement perdu la raison.
- Et le sens de la vue,
ajouta Ségodin pendant que Hjotra fourrait son doigt dans son nez.
- Dîtes-moi, mon bon, fit la jeune naine timide. Quel est votre signe zodiacal ?
- Euh, mouette ou castor, je sais plus. En tout cas, c’est une bestiole volante.
- Arrêtez de prendre des notes, Rugfid ! Il débite les mêmes âneries que d’habitude, c’est Glénys qui doit être sous traitement !
- Je ne suis pas d’accord,
chuchota Svorn. Sa débilité est carrément plus inspirée qu’à l’accoutumée. Il donne tout ce qu’il a, visiblement.
- J’aime beaucoup votre prénom, m’dame,
déclara Hjotra en pinçant la bedaine de sa bonne amie. Glénys, ça ressemble à génisse, c’est marrant.
- Quel boute-en-train !
rit la jeune naine rougissante. Je suis au fait de votre passion pour les animaux. C’est tellement…sexy, un nain tendre qui aime les bêtes.
- A ce propos, vous saviez que le cri du canard n’a pas d’écho ? J’ai fait l’expérience cette nuit avec mon ami Brandir.
- Mais c’est pas cette nuit que je les avais envoyés en patrouille ?!
râla Arzhiel.
- C’est édifiant, soupira Ségodin. L’amour rend aveugle, sourd et entièrement dégénéré. Heureusement que je ne me comporte pas comme un crétin avec Dame Elenwë.

Les nains se retournèrent vers l’humain, la même expression compatissante sur le visage. Plus loin, les deux amoureux s’enlaçaient avec ferveur.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Svorn. On s’en va. Parce que là, j’avertis, je suis à deux doigts de leur jeter une rune de tonnerre et de me trancher les veines avec une cuillère dans la foulée.
- Ouais, on file,
acquiesça Rugfid, désolé. Faut que je m’enivre sinon je vais faire des cauchemars. Quelqu’un a un litron sur lui ? Je l’échange contre un scarabée.
- Je suis au bord de la dépression là,
admit Arzhiel. Je me sens tellement désespéré que je crois que je vais aller faire l’amour à mon hideuse nelfette, là.
- Reprenez-vous, monseigneur !
fit l’espion. Le choc est terrible mais ne cédez pas à la folie !
- Quand je pense que le cri du canard ne produit pas d’écho…
marmonna Ségodin. C’est tout de même particulièrement étrange !
- Arzhiel !
hurla une voix perçante précédant l’apparition d’Elenwë furieuse. Une heure que je vous cherche partout ! Vos pitres de conseillers m’apprennent que vous voulez baisser mon budget « plantes vertes » de 0,2% ?! Etes-vous devenu fou ou stupide ?! Je me suis vue dans l’obligation d’ordonner au forgeron de fondre la masse d’armes héritée de votre père pour réparer cet outrage !
- Dites, l’osseuse,
répondit placidement le nain tandis que les siens reculaient prudemment. C’est quoi votre signe zodiacal ?
- Comment ?! Mon signe ? Hé bien, c’est harpie pourquoi ?
- J’aime beaucoup les harpies. Je trouve leur plumage merveilleux et leurs crocs pourrissants particulièrement fascinants…


Elenwë fronça les sourcils, surprise, puis ses traits révulsés par la colère se détendirent et se radoucirent lentement. L’elfe finit par glousser comme une enfant et rougit en se tordant les doigts.

- Désolée d’avoir crié, mon bon, souffla-t-elle. Votre masse n’a rien, bien sûr. Mais j’ai fait lapider deux de vos maîtresses. Je suis si facétieuse et impétueuse quand je suis stressée !
- Compagnons !
lança Arzhiel en se tournant vers son groupe stupéfait de ce revirement. Nous venons d’apprendre une grande leçon grâce à Hjotra. L’amour, c’est comme un fléau d’armes. Si on s’en sert comme un nœud, on prend tout dans la tronche. Si on sait comment l’utiliser, ça craint du boudin pour les autres ! Allez méditez là-dessus, j’ai du boulot. Faut que j’aille me trouver deux autres maîtresses…
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Eidhir
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:10

Episode XXXXVII – L’Embuscade

- Non, soupira Arzhiel en repoussant une branche. Franchement, je le sens pas.
- Qu’est-ce que vous voulez dire, seigneur ?
interrogea Ségodin, derrière lui.
- Il parle de l’odeur, répondit Hjotra, après lui. Moi je la sens, monseigneur. Ça nous suit depuis un moment. Ça pue la marée. Vérifiez vos chausses. Y en a un qui a du marcher sur un poisson.
- Bon, alors déjà "ça" je le sens pas,
reprit Arzhiel en indiquant la troupe de nains en file indienne dans la forêt occupée à vérifier leurs semelles. Fourrer trente nains dans un bois à la tombée de la nuit pour traquer un hypothétique ennemi, c’est déjà pas très futé, mais en plus, laisser l’autre relique déglinguée d’éclaireur nous guider, c’est carrément du suicide.
- Vous vous faîtes des idées. Tout se passe très bien jusqu’à maintenant. Et votre éclaireur, malgré ses deux maladies, son âge avancé et son instinct de belette aveugle, est le plus compétent pour cette tâche
.

Le chevalier, tout sourire, désigna l’éclaireur séculaire, borgne et estropié, reniflant une mousse, l’œil perçant, avant de se rendre compte qu’il s’agissait d’un tissu usagé ayant servi de mouchoir à son voisin un instant plus tôt.

- On se dit qu’il nous arrive souvent des coups durs plus débiles les uns que les autres, mais je me demande si on ne les chercherait pas un peu aussi.
- Votre manque de confiance en vos soldats risque d’affecter leur efficacité, seigneur.
- Leur efficacité ? Bon dieu, je savais même pas qu’ils en avaient une ! Regardez voir. Brandir ! Oh, psst ! Brandir ! Non, devant vous, crétin ! Je ne vous appelle pas depuis la cime des arbres, ahuri ! Pourquoi vous regardez en haut, je culmine à un mètre cinquante !
- Ce sont les esprits maudits de la forêt,
répondit le guerrier peu rassuré par son environnement. J’entends leurs voix. Ils me menacent de me changer en baie sauvage si je ne leur obéis pas. Ils voulaient que je dépose ma bourse, ma gourde de liqueur et ma barrette à barbe en os d’orque par terre. Tenez, Rugfid a la même. Et la même bourse. Et la même gourde…À une place près dans la file, ça tombait sur lui !
- C’est pour ça que vous tirez cette tronche ? On dirait Svorn quand il n’a pas charcuté un captif depuis la veille.
- C’est parce que je suis victime d’un maléfice, seigneur !
gémit le berserker. J’avais spécialement fait coudre une braguette sur mon armure, histoire de pas avoir à enlever tout le matos à chaque envie pressante. Et là ! Paf ! La braguette a disparu !
- Retournez-vous. Matez les deux jambons qui vous servent de miches.
- Han ! La braguette est dans mon dos ! Quel puissant maléfice !
- Ou alors vous êtes assez nullos pour enfiler votre armure à l’envers. Disposez avant que je mette votre tête de piaf à l’envers pour l’assortir à votre braguette !
- Je vois de quoi vous voulez parler,
souffla Ségodin quand Brandir partit en insultant les esprits d’un ton triomphant.
- Non, mais là, c’est pas méchant. Par contre quand ça va nous tomber sur le coin de la pomme, faudra pas se poser de questions ! C’est un coup à finir direct au milieu du campement ennemi ou dans l’antre d’un ogre associable !
- Vous voulez que j’ordonne la retraite ?
- Non, c’est bon…Je suis curieux de voir comment tout va partir en couille. Et puis y a Elenwë au Karak et je préfère l’ogre à choisir. Lui au moins n’exige pas un câlin après vous avoir mis minable !
- Monseigneur !
l’interrompit un protecteur joufflu. L’éclaireur a repéré quelque chose dans la pénombre. Il est à l’arrêt, la truffe au vent.
- Comment sont ses oreilles ?
- Rabattues en arrière et sa jambe de bois frétille.
- Merde,
pesta Arzhiel. Il a flairé un truc ! Avec le pot qu’on a, c’est un dragon en rut, vous allez voir ! Il me faut quelqu’un pour aller vérifier, une perte acceptable, quelqu’un qui ne nous fera pas forcément défaut si ça tourne mal et qui ne manquera à personne, un type sans attache, ni famille…Rugfid, amenez-vous !
- Oui, cher cousin ?
- Rien qu’à vous regarder dans les yeux, j’ai le taux d’alcool qui grimpe en flèche. Êtes-vous fin plein ou avez-vous encore de la marge ?
- À ce stade,
réfléchit l’explorateur passablement éméché. Dans une gourde, je commence à chanter, dans deux, je montre mon c…
- Ouais, c’est bon, ça ira. Passez devant ! Il doit y avoir un monstre pas tip top ou un traquenard plutôt vicelard. Essayez de le déjouer ou mieux, avertissez-nous de sa nature avant de claquer. D’accord ?
- Euh…c’est-à-dire que l’exercice me parait assez périlleux. Je crois que je vais décliner l’offre, en fait. Hein ? Oulà, oui, vous avez un joli poignard, cousin. Ah…oui, il pique mais éloignez-le de mon nez je vous prie…J’ai changé d’avis, j’y vais.


Le nain fit deux pas hésitants puis s’arrêta et fit volte-face, une fois assuré qu’il était hors de portée du couteau.

- Êtes-vous certain que je ferai vraiment l’affaire pour cette mission ? demanda-t-il. Tout à l’heure, j’ai glissé et je crois que je me suis brisé l’utérus en tombant.
- Cet os, c’est l’humérus,
rectifia Ségodin.
- L’utérus, c’est chez les femmes, tocard ! Magnez-vous au lieu de nous jouer du pipo !
- Ah bon, les femmes ont des os différents des nôtres ? Comme vous êtes savant, cousin !
- Ce doit être un trait de famille,
marmonna le seigneur de guerre en regardant Rugfid déboucher, soulever et avaler une rasade de la gourde de Brandir juste avec les dents.
- Bon alors j’y vais ?
- Et protégez bien votre gorge !
l’encouragea Ségodin. Faudrait pas que la flèche qui va vous abattre vous empêche de parler et de nous avertir.
- Le soleil se couche. On voit déjà plus cet ivrogne. On parle d’ennemis et de Rugfid buté, mais on ne se fait pas une fausse joie ? Je veux dire, c’est sûr le renseignement des partisans de l’oracle planqués dans la forêt ?
- L’espion est formel, messire !
- Non, mais sérieux. On n’a pas une autre source qui fasse moins rire que l’espion ?
- C’est-à-dire que l’ennemi nous a un peu aiguillé en lui envoyant ce parchemin.
- Ça dit quoi ? C’est peut-être du flan.
- « On vous attend dans la forêt. Venez ou on dit partout que vous êtes des fiottes. Signé : les fidèles de l’oracle. PS : Crevez tous en enfer, chiens d’incroyants. »
- De suite, c’est plus clair,
reconnut Arzhiel. Regardez le petit dessin injurieux dans le coin pour illustrer, c’est bien eux, c’est leur style. J’espère qu’ils ne vont pas être trop déçus en voyant se pointer Rugfid rond comme une queue de pelle…

Trente pas devant, luttant au milieu des branchages obscurs, le pas mal assuré et l’œil vitreux, Rugfid chantonnait la gigue des nains braillards en cherchant sa route. Il s’arrêta un instant pour réfléchir intensément à la raison de sa présence ici puis repartit en enchaînant le second couplet. Il esquiva deux flèches en trébuchant contre une racine, un piège à loups en se rattrapant à un arbre et fit fondre un projectile de glace enchanté en rotant bruyamment.

Rugfid se gratta la barbe et reprit son chemin avant de déraper sur une pierre humide. Emporté par son élan, il cracha au loin le bouchon coincé entre ses dents qu’un mage ennemi prit dans l’œil avant d’accidentellement dévier son sort de brasier sur ses congénères. Vacillant, l’explorateur ivre lâcha sa gourde de liqueur qui explosa et se propagea au contact du feu sur un nouveau rang d’ennemis embusqués. Finalement, le nain tomba lourdement sur le postérieur et la pierre plate sous son pied déclencha un éboulement emportant une douzaine d’adversaires en contrebas s’apprêtant à le charger.

- C’est vous qui foutez tout ce barouf ?! cria Arzhiel en le rejoignant. Chapeau la discrétion ! Et en plus vous êtes encore vivant !
- De toute manière, y a pas d’ennemi ici,
avisa Ségodin en épiant le soudain silence alentour. Ils se sont foutus de nous.
- Pfff, quelles tafiolles, je vous jure !
grogna Arzhiel en marchant sur le bras d’un ennemi carbonisé. On se casse. En plus, Hjotra avait raison. Ça pue le cramé dans cette forêt !
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:12

Episode XXXXVIII – La Fête du Houblon

Rendez-vous incontournable des nombreux clans de la région, la Fête du Houblon donnée chaque décennie au bourg humain de la vallée était l’évènement auquel tout bon fêtard se devait d’assister. En ces temps troublés de fanatisme et de guerre, les festivités offraient un répit et un moment inestimable de détente à tous ses visiteurs. Grands fidèles des célébrations, Arzhiel et ses compagnons comptèrent parmi les premiers arrivés.

- Et vous savez pas ce qu’elle me sort, la ribaude ? s’exclama Arzhiel, de fort bonne humeur. Que les mers existent et que ce seraient de vastes étendues d’eau qui se perdraient à l’horizon ! Qu’est-ce qu’ils peuvent sortir comme conneries les elfes !
- On est arrivés !
s’écria Rugfid en trépignant sur place. A la taverne ! Allez !
- Attendez ! Je donne les consignes et après vous irez vous mettre la tête en dedans, déclencher des bagarres, courtiser de la tapineuse ou ce que vous voulez, c’est quartier libre. Hum, Hjotra ? Oui, faire un tour de poney aussi, je m’en secoue. Je vous fais le topo. Je vous lâche la grappe pendant une semaine, c’est mes vacances aussi. Je ne paye aucune de vos amendes. Pour ceux qui se feront chopper par la milice, vous attendrez qu’on vienne vous récupérez aux geôles le jour du départ, comme d’habitude. Des questions ?
- Pourquoi j’ai un ballon noué à la taille ?
interrogea Hjotra en fixant la boule en peau de brebis peinte gonflée au pet d’orque flottant au-dessus de sa tête et attachée par une corde à sa ceinture.
- C’est pour vous situer dans la foule parce que vous vous paumez à chaque fois. L’an passé, vous avez échoué à la Muraille de la Perdition et c’est à trente lieues d’ici.
- Un frelon énorme m’avait pris en chasse,
ronchonna l’ingénieur pour se défendre.
- Où est-ce que je pose les bagages ? marmonna Ségodin caché sous une pile de malles.
- A l’auberge du Hibou Guilleret, j’ai réservé trois piaules. C’est au quatrième étage, je vous aiderai bien à porter tout ça, mais en fait j’ai pas envie. Ah, et magnez-vous.
- Le Hibou Guilleret ? !
s’exclama Hjotra, le bras déjà coincé, enroulé dans son cordage. Mais ça va vous coûter la peau des yeux de la tête !
- Clair, cousin, c’est pour les bourges là-bas,
fit Rugfid. J’y allais des fois piller quelques chambres avant, quand j’étais un peu raide.
- C’est certain que la note comptera encore plus de zéros que tous vos QI mélangés, mais c’est paisible. J’ai parié sur l’issue du concours de beuverie auquel vous allez participer tous les trois.
- Mais monseigneur !
protesta Brandir, c’est notre récompense ! On s’est entraînés dur en vue de remporter ce prix !
- Je vous prierai d’être moins familier quand vous parlez de « mon » prix, les enfants ! C’est-à-dire qu’il me faudra en prélever une partie pour dédommager le seigneur Sombrécu pour la perte « accidentelle » de la virginité de sa fille Glénys durant son séjour chez nous…

Les regards se portèrent sur Hjotra qui remplissait ses poches de cailloux de peur que son ballon ne l’emporte à la prochaine brise.

- J’ai aussi diverses cautions à régler aux prisons du comté pour vos arrestations de l’année, Rugfid et vous Brandir, je vous ai sauvé trente-sept fois la vie ce trimestre, lit Arzhiel sur son carnet de bord. Pour finir, c’est ma pauvre pomme qui s’est coltiné les marchandages avec Svorn pour vous obtenir votre matériel. Vous ne l’avez pas oublié, j’espère ?!
- J’ai le mien !
lança joyeusement Rugfid en sortant son urinoir de voyage magique sans fond.
- Moi j’ai les parchemins, ajouta Hjotra en montrant une liasse de sorts de dissipation d’ivresse.
- Moi, j’ai mon porte-bonheur, dit Brandir en tendant un morceau sec et sombre à Arzhiel.
- C’est quoi ce truc ? Berk, mais c’est la gerbe ! Ça porte chance, ça ?!
- Oui, c’est Ségodin qui me l’a prêté
, répondit le guerrier. Il y tient beaucoup. C’est sacré, c’est une réplique.
- Une relique, on dit. Mais c’est pas des moucherons dessus ? C’est quoi à la fin ?!
- Une bouchée de champignons recrachée par Dame Elenwë sur un serviteur qui lui avait servi un glaçon trop froid. Le grouillot l’a vendu pour dix pièces d’or à Ségodin. Si c’est pas de la chance pareille somme !


Arzhiel eut un geste de dégoût et lança vivement la bouchée immonde dans la foule. La relique atteint un géant en plein sur le nez mais heureusement, la chance de l’objet parut fonctionner puisque lorsque le monstre irrité chercha le responsable du jet, il ne trouva que Ségodin revenant de l’auberge. La technique de dispersion précipitée issue de l’art de guerre nain avait éparpillé Hjotra, Brandir, Arzhiel et Rugfid, bien à l’abri.

- Quand je pense que Ségodin va passer toute la fête en convalescence sur son lit, se lamenta Hjotra le lendemain de l’incident.
- C’est-à-dire que traiter un géant de raclure abjecte voleuse de bouchée sacrée, ça n’a pas été sa répartie la plus pertinente, remarqua Rugfid. Au moins, ça a fait un spectacle. J’ai gagné trois piécettes en pariant sur son nombre d’os brisés. J’ai eu du flair !
- Je ne savais pas que les humains pouvaient rebondir autant de fois au sol après avoir été jeté contre un mur,
fit Brandir. Il manque d’humour, il rate toujours ses chutes, hihihi !
- Bon, allez, ça suffit la récréation !
les interrompit Arzhiel. Le concours va commencer, on se concentre ! Inutile de vous rappeler que si vous perdez, pour me renflouer je vends votre sperme, votre sang et vos organes au marché noir, vos chicots et votre carcasse aux nécromanciens et que je me sers du reste pour décorer le boudoir d’Elenwë.
- Non, pitié, seigneur !
gémit Hjotra. Pas son boudoir ! C’est là qu’elle se déshabille !
- Non, mais c’est bon, on aura plus nos yeux,
le rassura Brandir.
- C’est ça, faîtes les marioles. N’empêche que si vous vous écroulez avant l’équipe orc des Joyeux Carnassiers ou les bûcherons humains des Amis de la Chopine, vous nous mettez tous dans la purée ! Et je préfère perdre vos vies que la cordelette qui ferme ma bourse. Allez les gars, courage, je vous aime ! On fait le cri de guerre.
- Donne-moi un B comme gros benêts !
chantèrent les nains en cercle. Donne-moi un S comme herpès ! On est des B, touche-toi la raie ! On est des S, touche-toi la fesse ! B ! S ! Ohhhhhhhhhh ! Boulets Sacrés ! Ouaiiiiiis !
- C’est un chant tellement émouvant,
pleurnicha Hjotra en rentrant en piste avec les autres sous les yeux de la foule hébétée.

Une semaine plus tard, de retour au Karak…


- Voilà, ce sont les dernières pour ce régiment !
déclara Arzhiel tandis qu’un serviteur déposait un chariot plein d’armures de mithril près de Brandir. Après, on passe à celles des lanceurs de runes. Ça avance ?
- Au poil, sauf que je me crame les miens,
répondit le guerrier en reposant la tenaille tenant la pierre incandescente qui lui servait à repasser les armures de tout le Karak depuis leur retour de la fête. Comment ça se passe pour les autres ?
- Rugfid en est à sa vingtième brouette de crottins de poneys. Il attaque demain les écuries principales et il lui restera plus qu’à porter tout ça hors de la montagne. Hjotra a pris un peu de retard. Il a failli se noyer en tombant dans l’évier. Après la vaisselle des couverts et assiettes du huitième banquet, il commençait à s’endormir. Je lui ai mis Touffou, mon cerbère, aux miches pour éviter qu’il ne perde sa concentration de nouveau.
- Entre nous, monseigneur, j’ai eu peur que vous soyez fâchés après notre défaite et puis quand vos bookmakers sont venus se saisir du mobilier, mais en fait, vous êtes un chic chef. Vous nous aimez bien.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
- Bah, les corvées, c’est pas le pied, mais à côté de nous dépecer pour vendre nos organes, c’est de la rigolade ! Vous ne comptiez pas vraiment le faire hein ? Nous découper ?
- Hum ?
fit Arzhiel en lisant la proposition d’achat de trois squelettes de nains qu’il avait reçu aujourd’hui de la secte des nécromanciens des Buveurs d’âmes. Non, c’était pour déconner, bien sûr. Au fait, faîtes gaffe à rien vous casser.
- Je le savais, sourit Brandir. Dans le fond, vous nous a-do-rez !
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:12

Episode IL – Le Hall des Héros

- Le Hall des Héros !
s’exclama fébrilement Ségodin. Je reconnais être assez nerveux, mais ce n’est rien à côté de l’honneur que vous me faites en m’autorisant à affronter cette épreuve épique !
- Le Hall des Héros ?
répondit Arzhiel en le conduisant à travers un couloir sombre. Vous avez mal compris, mon vieux. Si je vous envoie dans le Hall des Héros, vous allez éclabousser les murs. Vu votre niveau, c’est au Hall des Zéros qu’on va. C’est un peu le même type, mais pour les débutants, les novices et les nullards.
- Mon niveau ?! Qu’est-ce qu’il a mon niveau ?!
- Il est bidon,
fit Hjotra en le dépassant.
- Techniquement, le terme militaire c’est minable avec option affligeant.
- Je ne vois pas ce que vous me reprochez, seigneur,
s’offusqua le chevalier.
- Peut-être le fait d’être une bille en combat, répondit Hjotra.
- Mais qui vous a demandé votre avis, le machiniste déboulonné ?! Et, d’abord, qu’est-ce que vous faites là, vous ?!
- C’est moi qui lui ai ordonné de venir,
dit Arzhiel. Il est aussi pathétique que vous sur le champ de bataille. Je me suis dit qu’une figure familière, ça vous ferait de la compagnie durant l’épreuve. Et puis d’emblée, ça vous donne une excuse si jamais vous échouez…
- Je suis outré !
se plaignit Ségodin, écarlate. Que vous osiez comparer mes faits d’armes à ceux d’un…
- Blaireau,
proposa Hjotra d’un air débonnaire.
- …apprenti, c’est inadmissible ! J’ai toujours fait preuve de vaillance, de volonté et de fidélité en vous appuyant durant tous vos combats ! Moi au moins, je reconnais ma droite de ma gauche !
- Mais ne voyez pas ça comme une forme de punition ou d’humiliation, même si toute la cour a déjà pris place pour venir vous voir. Je ne remets pas en cause votre loyauté. C’est juste que vous vous battez comme un vieillard grabataire et débile.
- Mais je suis chevalier adoubé tout de même !
- Je croyais que c’était chevalier Ségodin votre titre ?
commenta Hjotra, troublé.
- Adoubé sûrement, mais c’est une technique de chevalerie de se mettre à quatre pattes pendant que trois gobelins vous lattent les côtes et dansent sur votre nuque ?
- Ces trois-là faisaient preuve d’une vivacité n’ayant d’égale que leur cruauté, monseigneur ! L’un d’eux m’avait piqué les fesses et en tombant en avant, j’ai accidentellement frappé un autre avec mon genou. Ils ont vu rouge et la colère a décuplé leur force.
- D’autant que c’est vachement réputé pour sa force le gobelin…Allez, faites pas votre gonzesse. Entrez dans le rang avec les autres apprentis. Je garde un œil sur vous depuis les gradins.
- Ma honte ne pourrait être pire…
larmoya l’humain en suivant Hjotra.
- Ah, au fait, lui lança Arzhiel. Elenwë est là aussi. Elle vous passe le bonjour !

Mortifié, Ségodin prit place dans la queue avec les autres nains adolescents encore imberbes désirant faire leurs preuves au combat. Attendant son tour, il tâcha de se concentrer avant d’entrer dans le hall alors que Hjotra avait entamé une holà dans la file et poussait les jeunes à chanter un chant d’ivrogne pour se donner du courage.

- Ça vous fait rien de voir votre honneur souillé et remis en question par votre seigneur ?! l’interrogea le chevalier, blasé par l’insouciance de son compagnon.
- Non, ça fait cinq fois qu’il m’y envoit. C’est très récréatif vous verrez. Dites, messire Adoubé, vous voulez qu’on le fasse ensemble ? Il parait qu’ils ont changé les épreuves cette année.
- Vous avez peur de vous paumer, c’est ça ? Au diable mon prestige ! Je vous suis…Que peut-il m’arriver de pire ?

- Messire Adoubé ?!
s’exclama Hjotra dix minutes après leur entrée dans le donjon d’entraînement. Ça va ? Je suis vraiment désolé. D’habitude je mets du miel sur mon manche pour pas lâcher mon arme mais là je crois que j’ai confondu avec le savon de Glénys. C’est vraiment pas de bol de vous être trouvé pilepoil dans la trajectoire !
- Ne vous inquiétez pas !
marmonna le chevalier blessé. Je ne ressens plus la douleur depuis que vous avez fait tomber cette fiole de gaz paralysant tout à l’heure. D’ailleurs je ne ressens plus grand-chose. Poursuivons, voulez-vous ? Je ne veux pas donner raison à Arzhiel en abandonnant maintenant. Pourquoi vous ricanez ?
- Parce que j’ai gagné mon pari avec Brandir. Il disait que les humains avaient les os d’une autre couleur, mais pas du tout en fait. Je le vois bien là sur votre blessure, le vôtre dépasse.
- Ravi de vous être utile ! Comme durant le combat contre ces squelettes ou cette redoutable énigme sur le nom des doigts de la main.
- Ouais, mais si ils me changent les attractions, c’est sûr, moi je perds tous mes repères ! Regardez ! On arrive à une grotte. C’est tout noir et ça grogne là-dedans. Passez devant !
- Je finis de m’évanouir et j’y vais !
râla Ségodin. Je pisse le sang et je boîte ! Vous ne voulez pas qu’on tire au sort aussi pour désigner l’éclaireur ?!
- On fait comment ? Pierre-feuille-ciseaux ?
- Donnez-moi un chiffre entre 1 et 10.
- Euh…14 ?
- Perdu, c’est vous qui vous y collez. Et magnez-vous le train !
- Mince, j’ai perdu…C’était quoi la bonne réponse ?
- Ben, un chiffre entre 1 et 10…
- Pas de regret alors, j’aurais jamais trouvé !


L’ingénieur s’avança dans le noir et Ségodin profita du répit pour souffler une seconde avant de perdre le peu de raison qui lui restait.

- C’est bon, l’appela Hjotra, ça risque rien, c’est Touffou le cerbère qui garde la salle.
- Un cerbère ?! C’est pas un peu belliqueux comme bestiole ?!
- Belliqueux ça veut dire quoi ? Ça a un rapport avec son nombre de queues ?
- Hargneux, hostile, vindicatif…Pardon, j’oubliais à qui je parlais, méchant.
- Un cerbère méchant !
ricana le nain. Svorn avait raison. Vous avez un grain par moment ! Touffou n’est pas méchant. Il m’a déjà arraché une moitié de fesse. Je risque plus rien, il sait quel goût j’ai. Maintenant, quand je l’approche, il pleurniche. Là il geint parce qu’ils l’ont blessé. C’est pour le rendre grognon avec les participants à l’épreuve. Mais rassurez-vous, je l’ai soigné avec l’onguent magique.
- Quel onguent ?!
- Celui marqué « onguent guérisseur pour blessures ». Je l’ai ramassé pendant que vous affrontiez le minotaure unijambiste. Vous le vouliez ? Comment je pouvais deviner ? Vous m’avez rien demandé aussi. Mais bon là, le problème est réglé. J’ai mis toute la dose pour Touffou, y en a plus !
- Si ma seule main valide ne me servait pas à tenir la canne de fortune qui me permet de me tenir debout, je crois que je vous étranglerai sur le champ.
- T’entends, Touffou ?
rit Hjotra en caressant le cerbère écumant de bave. Il veut m’étrangler. Il est taquin hein ? Toi tu risques rien avec tes trois têtes, hihihi.
- Où est la sortie ?
supplia Ségodin. Laissez-moi m’enfuir !
- Il faut escalader cette paroi. La porte est en haut
.

Malgré son état, le chevalier se précipita mais l’ascension encouragée des critiques de Hjotra s’avéra difficile. Ségodin, glissa alors qu’il était presque arrivé et retomba violemment sur Touffou qui lui fondit dessus, fou de rage.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? questionna Arzhiel, une heure plus tard, quand Ségodin s’éveilla à moitié mort sur son lit.
- Il a voulu faire un câlin trop familier à Touffou et celui-ci a mal réagi, répondit Hjotra, la couronne des vainqueurs de l’épreuve à l’envers sur la tête.
- Pour les morsures, d’accord, mais mon médecin a parlé de fractures multiples dues à une chute ?
- Ah oui. Il a grimpé une paroi je sais pas pourquoi. Il est tombé de là. C’est bizarre parce que c’était un leurre. La vraie porte s’est ouverte quand Touffou l’a projeté sur le levier d’ouverture dissimulé dans l’ombre. Quel dommage pour lui ! C’était justement la sortie du hall.
- Ça lui fera une occasion d’y revenir,
conclut Arzhiel en se penchant vers le chevalier pour qu’il l’entende bien. Echouer ainsi…Vous êtes décidément un gros nul !
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:12

Episode L – De bon conseil

Arzhiel se réveilla lentement et s’étira mollement avant de se laisser tomber de sa couche. A la pousse du champignon décoratif sur sa table de chevet, il constata qu’il n’avait hiberné que deux semaines. Le nain tapota son oreiller à motif de tête d’orc avec hache plantée dans le front et quitta sa caverne en baillant.

- Monseigneur ! hurla Brandir avant de lui fondre dessus, écrasant ses pantoufles en cuir de drow sous ses bottes de mithril dans la précipitation. Vous êtes réveillé ! Gazul soit à louer !
- On dit Gazul soit loué, mais reculez, vous gueulez comme un fennec. Et vous en avez l’odeur comme l’haleine…
- L’accès aux cuisines est coupé, c’est la fin du monde !
fit le guerrier paniqué.
- Tant qu’il reste l’accès aux latrines, m’en fiche. Poussez-vous, faut vraiment que j’aille pisser là où je vais finir par avoir votre démarche….et votre odeur.
- Salutations, cousin !
lança Rugfid, les mains dans les poches. Vous ne devriez pas aller dans ce couloir. L’ennemi approche par là.
- Quoi ?! L’ennemi ? Quel ennemi ?! Et c’est quoi ce boucan ? Mais ça bataille là, non ?!
- Oui, c’est l’ennemi, on vous dit !
soupira Brandir. Ils ont pillé les cuisines et ils remontent là. Soyez plus attentif !
- Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!
pesta Arzhiel, hébété. On est attaqués ?!
- C’est vrai que vous n’êtes pas très vif au lever…
murmura Rugfid, navré.
- Ah, Arzhiel ! fit Elenwë en arrivant, visiblement contrariée. Vous vous traînez au lit alors que nous subissons un siège, c’est intolérable ! Les hurlements des morts et le bruit de nos murailles qui s’effondrent dérangent ma partie d’échecs avec Svorn. Veuillez intervenir sur le champ ! Honte sur vous ! Vous me mettez dans un tel état d’irritation que mon teint est tout empourpré !
- Bougez pas, je m’en vais vous l’empourprez pour de bon !
grogna le nain en montrant le poing. Et c’est bon pour vous tous ! Magnez-vous le fion à rejoindre le combat au lieu de glander ici pendant que l’ennemi nous refait la déco !
- Vous êtes drôlement moins autoritaire en robe de chambre,
remarqua Brandir.
- Non, mais c’est bon pour l’ennemi. On a tiré au sort durant votre absence. C’est à Hjotra de gérer la défense. Vous croyez qu’on est inconscients ?
- En plus d’être débiles et incompétents, vous voulez dire ?! Oui, bande de tanches ! Hjotra gérer la défense ! Mais filez direct à l’ennemi les clés du Karak aussi ! Je suis certain que ce couillon doit promener son castor en ce moment !
- N’importe quoi !
ricana Rugfid. Le castor c’est le matin qu’il le sort. A cette heure-ci, ce doit être toilettage des renards. Tenez, le voilà. Vous voyez bien !
- Vous allez trouver ma question bête
, dit l’ingénieur en apparaissant avec un renard dans les bras. Mais des orques plein nos couloirs, ce ne serait pas un peu dangereux ?
- Mais vous ne défendez pas ?
l’interrogea Elenwë. C’était votre tour les jours impairs.
- Mince ! J’ai du me trouer dans mes calculs. Je croyais que ça tombait qu’un jour sur deux les jours impairs.
- Keuf ! Keuf !
toussa Arzhiel, blafard.
- Cassos ! s’écria Rugfid, effrayé. Il appelle la milice !
- Restez-là, tête de piaf ! Keuf ! Je m’étrangle ! Keuf, keuf ! Ce sont vos âneries qui me restent en travers de la gorge ! Allez me virer ces orques de mon Karak !!!
- Ou quoi ?
le provoqua Elenwë, les bras croisés au milieu des nains éparpillés.

Deux jours plus tard, en tête à tête avec Svorn…

- Et vous avez répondu quoi ? interrogea le haut prêtre en fixant son seigneur.
- Ben, rien justement. J’ai pas su trouver quoi leur dire. C’est pour ça que je viens vous demander conseil. J’ai plus d’autorité sur ces manches et ça devient le cirque dès que je tourne le dos. Je trouve plus de quoi les menacer. Y a rien qui peut les faire marcher droit. Comme vous êtes plus réputé pour votre cruauté que pour la déconne, je pensais que vous pourriez me refiler des tuyaux.
- Et les orques du coup ? Vous les avez boutés ?
- Comme ils trouvaient personne sur qui taper, ils se sont barrés en râlant. Ils ont déposé plainte au Grand Conseil pour « tafiollerie combative ». On va se prendre une amende, mais on devrait gérer.
- Ouais en fait, vous voulez abdiquez pour me céder le pouvoir, c’est ça ?
- Je préfèrerai embrasser Elenwë sur la bouche de faire ça, mon p’tit père. Je crois que vous ne percutez pas alors je vais vous faire le topo. Vous êtes sélectionnés d’office dans l’équipe des boulets donc si je n’arrive pas à remettre tout le monde dans le rang, je vous vends à des pirates bien glauques mangeurs de légumes. Vaudrait mieux pour vous que vous me lâchiez deux trois conseils avant de vous retrouver à écosser des petits pois sur la côte avec votre nouveau petit ami orc.
- Je saisis vaguement l’idée,
concéda le prêtre, de suite plus humble. Le secret pour se faire respecter, c’est jouer sur la peur.
- La peur ?
fit Arzhiel, curieux.
- Oui, filer les miquettes quoi. Quand je récupère des ennemis pour les sacrifices, y a aussi des durs à cuire. Certains ne font même pas dans leur culotte au moment d’y passer ! C’est pas acceptable. Donc je leur flanque la frousse en les torturant un peu. Une fois écorchés, borgnes et éviscérés, vous en faîtes ce que vous voulez.
- Je vais pas enfermer Brandir dans une vierge en fer, avec son bide, ça passera jamais ! Et puis si je torture mes capitaines, les autres risquent de ne pas être jouasses.
- Ah beh oui aussi, si vous jouez la gonzesse ! Sérieux, pas de torture ? Même pas le fouet ou l’ébouillantage des pieds ? Vous êtes vachement particulier quand même ! Dans ce cas, faut les mater sur le plan psychologique.
- Le plan psychologique avec mes boulets ? Vous vous foutez de moi ?
- La peur je vous dis ! Trouvez ce qui les fait flipper le plus et collez-les en plein dedans.
- Euh…Hjotra a peur des enfants…Attendez ! Ouais ! Je vais le faire bosser à la garderie !
- Pas mal,
admit Svorn. Forcez-le à chanter avec les marmots et il vous mangera dans la main. Pour les autres ?
- Alors, Ségodin…Bon il est toujours à l’infirmerie, ce serait salaud de le balancer dans un puit plein d’aiguilles. Même si ce serait bien fendard. Brandir a les foix de la flotte. Il construit des ponts miniatures pour passer au-dessus des flaques, je l’ai vu faire.
- Jetez quatre piécettes dans un des lacs souterrains et envoyez-le à la recherche du « trésor » caché dans le fond.
- Ça ne marchera jamais, même avec de l’or…Non, je remplace les pièces par du jambon et des bocaux de confiture.
- Vicieux, mais bien trouvé. Il reste qui ? Votre dégénéré de cousin alcoolo ?
- Lui, c’est tout vu. Il passe sa vie à pourrir à l’auberge donc je lui trouve un poste aux hauts-fourneaux, vingt-deux heures par jour à pelleter du charbon dans une chaleur du diable avec que des gourdes d’eau à boire et pas une goutte d’alcool. Si ça veut rire, il pète un câble et se jette dans le feu dans une semaine !
- Je crois que vous avez chopé le truc
, fit le prêtre, ému par ces perspectives de tortures originales. Pour votre épouse, vous avez une idée ?
- Pas compliqué. Je la prive de son plaisir à la source : fini de me déguiser en animal de la forêt ou en fleur lors de nos galipettes mensuelles. Elle ne va pas le digérer…En plus, le costume du lapin me refile des démangeaisons atroces.
- Vous pouvez me prêtez votre hache que je me trépane avec, je vous prie ?
demanda Svorn. Je voudrais bien effacer de ma mémoire les dix dernières secondes, histoire de ne pas faire de cauchemars pour les huit années à venir.
- Je crois qu’on a bien bûché !
lança gaiement Arzhiel. On a fait le tour, c’est bon.
- Vous m’en voyez ravi, monseigneur. Vous pouvez m’ôter les fers et les chaînes maintenant ? Et me libérer de ce cachot infâme ? C’est celui de Hjotra, ça empeste les bestiaux ici.
- Oui, sans problème d’ici un petit mois. Vous voulez quelque chose ? Je vais chercher un accessoire et je reviens dans quelques minutes.
- Quoi comme accessoire ?
- Une broutille. Deux sylphes, une dryade, une fée et trois effrits avec qui partager votre cellule de deux mètres sur un pour le mois à venir. Je sais que vous supportez pas tout le bestiaire surnaturel. Au fait, je vous ai remercié pour l’astuce de la frousse ?
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:12

Episode LI – Les Aventuriers de la Hache Perdue

- Où est Grelot ?! s’exclama Elenwë en faisant irruption dans la chambre, visiblement passablement irritée. Alors, Arzhiel ? Vous ne répondez pas ?!
- Non, votre phrase veut rien dire, je réponds pas. C’est votre construction grammaticale qui est mauvaise. Essayez avec un sujet, verbe, complément et des mots qui ont un sens entre eux.
- C’est comme fétu de paille,
ajouta Hjotra en levant la tête. Ça veut rien dire non plus. Faut dire « fais-tu de la paille ».

Elenwë écarquilla les yeux en apercevant l’ingénieur agenouillé au bord du lit dans lequel somnolait Arzhiel.

- Assurez-moi que si j’étais arrivée cinq minutes plus tard, je n’aurais pas trouvé la scène la plus traumatisante de l’histoire de cette montagne sur ce lit, dit-elle, effrayée.
- Y aura jamais plus traumatisant que la fois où vous m’avez forcé à vous masser les pieds en récitant un poème, ma douce laideur. Hjotra est juste là pour m’aider à m’endormir. Il vient le soir et il me raconte sa journée. Une fois passées les premières angoisses et envies de suicide, on s’aperçoit que c’est tellement inintéressant et soporifique que c’est comme une berceuse aux paroles débiles. J’ai pas trouvé mieux pour lutter contre mes insomnies.
- J’en étais au moment où j’expliquais à mon canard que vomir des vers dans le lit de Svorn pouvait être mal interprété,
déclara l’ingénieur.
- Voilà, conclut Arzhiel. Une demi-heure de ça et mon instinct de survie me plonge dans le sommeil. Sinon, vous vouliez quoi avec votre clochette ?
- Je…je sais plus trop,
balbutia l’elfe, déboussolée. Ah si ! Grelot ! Où est Grelot ?! Ma fée de compagnie ?! J’ai besoin d’elle pour aller changer le vin de la gourde de Rugfid en boue. Ce malpoli a osé marcher devant moi dans le couloir ce matin. Il m’a dépassé, vous vous rendez compte de l’affront ?!
- Votre fée ? C’est la bestiole qui ressemble à un moucheron tout brillant et qui ricoche sur les murs quand on lui colle une pichenette ? Je l’ai enfermée dans la geôle de Svorn.
- Flammes ou éclairs ?
menaca Elenwë entre ses mâchoires serrées par la colère tout en montrant les deux magies dans chacune de ses mains.
- Blague ou chanson ? rétorqua Arzhiel en présentant Hjotra face à la sorcière courroucée.
- Très bien, céda-t-elle, vaincue par une terreur naissante. Je n’ai pas le temps de régler ça mais vous ne perdez rien pour attendre. Vous avez plutôt intérêt à porter cette tenue drow en cuir ramenée du champ de bataille à mon retour!

Furieuse, l’elfe sortit et claqua la porte en rouspétant dans sa langue cristalline.

- Bon, ben faut que je file aussi, lança Hjotra.
- Vous avez des plans à étudier ou des engins à réviser ? interrogea Arzhiel.
- Non, du tout. Mais c’est soirée déguisée à la taverne ce soir. On gagne une pinte en y allant costumé. Vous direz à M’Dame Oreilles en pointes que Brandir vous rendra la tunique drow dès que possible, mais pour ce soir, c’est mort, il s’en sert. D’ailleurs, vous voulez pas venir ?
- Comme j’ai juste un Karak à gérer demain, avec les réunions, les revues de troupes, l’entraînement des soldats, la diplomatie, les ressources à vendre au marché, les productions minières à surveiller et tout le reste de ces petits plaisirs, je vais essayer d’optimiser mes trois heures de libre de cette nuit en dormant, vous comprenez ? Et puis, je ne voudrais pas que le poids de mes responsabilités empêche mes subordonnés de se divertir si je leur déléguais un peu de ma part de travail donc je fais tout moi-même, hein ?
- Chacun s’amuse comme il peut !
rit Hjotra avant de s’en aller en sifflotant.
- Bonne soirée aussi, patate, ronchonna Arzhiel en remontant ses couvertures.

Le nain venait à peine de trouver le sommeil que le poids d’un regard froid l’éveilla brutalement. Un visage spectral sévère et très laid le fixait à travers la pénombre. La surprise fit faire au seigneur du Karak un bond en arrière qui le projeta sans douceur au sol
.

- Votre souplesse est digne de celle d’un cheval boiteux, malade et soul.
- Thoric ?!
s’exclama Arzhiel en reconnaissant le fantôme qui hantait la bibliothèque de la citadelle. La vache, la frousse ! Mais vous êtes pas bien ! Vous voulez que je vous exorcise pour vous passer l’envie des visites nocturnes ?!
- Attendez, vous n’imaginez pas le risque que j’ai pris. On parle d’une elfe qui vivrait dans cette chambre. Vous croyez que j’ai pas les chocottes moi aussi ?
- Non, mais c’est bon, elle est partie savater Svorn là,
répondit Arzhiel en observant le fantôme apeuré qui inspectait les lieux en tremblant. Dites, vous qui avez l’éternité, vous êtes vraiment obligé de venir me les scier en pleine nuit ?
- Je devais vous prévenir, monseigneur. Je tuais le temps en passant à travers le sol et les murs tout à l’heure quand je suis tombé sur une relique enterrée. Je pensais que ça pouvait vous intéresser mais si je me suis trompé, je m’envole et…
- Nonnonon ! Hop là ! Revenez flotter par ici. Une relique vous avez dit ? Mais vous êtes certain de votre coup ?
- Une hache en mithril entourée d’une aura dorée, c’était pas l’os d’un clébard, pour sûr.
- Une arme enchantée, c’est terrible ! Vous sauriez m’y amener ?
- Je vais vous donner les indications mais c’est pas gratuit. Hé ! Je suis peut-être mort et tout cendreux mais je reste un nain. On marchande !
- Ok, ça va. Je vous enverrai Rugfid deux fois par semaine. Vous pourrez posséder son corps, son esprit sera trop embrumé par l’alcool pour résister et il croira à une mauvaise cuite. Par contre, évitez de le faire courir à poil dans les rues comme avec le dernier. Ça craint quand ça tombe le jour d’une visite officielle d’alliés…


Arzhiel dessina un plan grâce aux indications du fantôme et s’empressa de trouver quelqu’un pour l’aider à découvrir l’arme magique perdue. Il fut finalement obligée de se rabattre sur Rugfid, faute de mieux, et alla le chercher aux hauts-fourneaux où il écopait sa dernière peine. Ravi d’épauler son cher cousin et un peu de quitter son harassant labeur, l’explorateur prit la tête de l’expédition.

- Une heure qu’on crapahute dans les galeries abandonnées du Karak, se plaignit Arzhiel. On progresse ou on est véritablement paumés et vous me jonglez depuis le départ ?
- Non, ça avance, cousin. Mais c’est difficile de lire la carte. On dirait l’écriture d’un gosse ou d’un amputé des doigts…
- Ouais, c’est bon, ça va ! Enchaînez ! En plus, on crève de chaud dans ce tunnel ! J'ai la raie du cul qui fait gouttière ! Y a une rivière de lave pas loin ou quoi ?!
- Je veux bien partager le vin de ma gourde avec vous, cousin. Je suis sûr que même vous ne pouvez pas râler et boire en même temps…
- Euh, nan merci…
répondit Arzhiel en repensant à la menace d’Elenwë. Attendez ! C’est pas un précipice qui coupe le tunnel là ? C’est bon, j’ai une corde et un grappin. Je me le fais, je suis bien chaud.
- Euh, cousin, je crois que…
- Fermez-la. Ma hache m’appelle ! Regardez ce saut majestueux et rêvez-moi. Je prends de l’élan…Je noue la corde à ma taille. Je cours et je sauuuu…AHHHHHHHH ! Ouch ! Aie !
- C’est pas un peu dangereux ce que vous faîtes ?
interrogea Rugfid en regardant son cousin pendu à sa corde rebondir contre les deux parois du trou. Arrêtez de faire le singe et remontez. Vous allez rire, c’est par là en fait ! A l’opposé de la fosse !
- Mais attendez !
cria Arzhiel. Vous barrez pas ! Ne vous sentez surtout pas obligé de me remonter, hein !
- Cousin ! La hache ! Elle est là, venez voir ! Elle dépasse. Je vais la déterrer.
- Virez vos doigts de ma hache !
gémit Arzhiel en sang en se ruant. Mais ! Mais ! Mais c’est la hache que j’avais paumée l’an dernier ça !!! Je croyais qu’on me l’avait braquée !
- Ah ! Ça y est j’ai compris,
fit Rugfid d’un air navré. Je sais pourquoi il fait aussi chaud. On n’est pas loin du puits de feu des forges.
- Comment vous le savez ? On pourrait être dans le fion d’un dragon, ce serait pareil. On voit dalle à un mètre.
- C’est moi qui ai enterré votre hache magique ici l’an passé.
- Quoi ?! Faut que je fasse un vœu. Ça va être le premier nigaud que je bute avec ma hache enchantée depuis un an…Je vais vous apprendre à enterrer mes jouets comme un clebs !
- Certaines tribus elfes font ça pour conclure une guerre,
expliqua Rugfid en souriant. Enterrer la hache de guerre qu’ils disent. Moi j’ai enterré la vôtre. Pour la coutume quoi !
- Le lancer de nain aussi c’est une coutume. Venez, je vais vous faire essayer ! Je connais justement un précipice sympatoche pas loin ! Revenez là ! Abrutiiiiiiiiiiiiii !
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:13

Episode LII – Le Chevalier du Gué

Arzhiel regarda la position du soleil dans le ciel et soupira longuement. La tête de Hjotra apparut enfin sous le bélier de siège et l’ingénieur se hissa pour se relever. Une expression placide sur le visage, il s’approcha tout en s’essuyant les mains avec un chiffon.

- Bon, alors ? l’interrogea impatiemment Arzhiel. Vous avez réparé ?
- C’est l’injecteur qui est encrassé,
déclara le nain d’un air chagriné. Comme il est couplé au système de propulsion à hélice de l’essieu, ça a endommagé la durite et le mécanisme de roulement à billes.
- C’est vous la bille ! Ça veut dire quoi ce jargon ? J’suis sûr que vous inventez au fur et à mesure !
- Ça veut dire que je ne peux pas réparer. Faut que je commande la pièce. D’ici une semaine, ça vous va ?
- Ah non, ça me va pas ! Mais même pas une heure ! Vous retournez là-dessous et vous me bidouillez mon bélier de siège ! On a une bataille à mener à midi pile et on n’est pas encore arrivés alors vous vous magnez à me bricoler votre fichu…machin à hélice là !
- Oh, mais cessez donc de le houspiller, vous faîtes peur aux petits oiseaux,
soupira Elenwë, éventée par deux suivantes, couchée dans l’herbe. Vous n’aviez qu’à partir plus tôt si vous ne vouliez pas être en retard.
- On ne serait pas en retard si je n’avais pas dû réquisitionner tous mes soldats pour retrouver votre châle tout pourri ! Vous foutez quoi au fait avec nous ? Vous ne venez jamais m’aider dans mes combats d’habitude !
- Ah, mais je vous rassure, je ne vous aiderai pas non plus aujourd’hui. Je voulais juste prendre le frais. Quelle étourdie ! Dire que j’avais ce châle dans ma besace, hihi !
- Oh non !
se lamenta Arzhiel. Regardez l’heure ! Ça va bouchonner sur la grande route, on va se cogner toutes les caravanes des marchands du sud ! Hjotra ! Arrêtez de jouer avec les piafs et au boulot ou je vous tarte !
- Monseigneur !
appela Rugfid en galopant sur un bouquetin de coursier. Nous ne pouvons plus faire progresser les troupes à l’avant ! Un chevalier bloque l’accès du pont.
- Un péquenot tout seul qui bloque mes trois cents guerriers ? Mince, alors ! Bon, ben on fait demi-tour alors…
- C’est dommage, je la sentais bien cette bataille, fit Rugfid, navré. Enfin, tant pis !
- Mais bougre d’andouille, connectez donc votre neurone ! Butez-moi ce corniaud, dégommez-le à la baliste ou pire, racontez-lui une de vos charades, il va pas gêner longtemps !
- Les sorties du Karak sont faites pour se détendre, mon gras amant,
commenta Elenwë en baillant. Calmez-vous une seconde et profitez de la bise !
- La bise, je la savourerai quand elle charriera l’odeur de la chair d’orc carbonisée et la fumée de leurs huttes réduites en cendres ! En route, mauvaises troupes !
- Seigneur !
annonça un nouveau messager. Le chevalier du gué réclame un duel loyal avec notre champion ou le paiement du passage. Il vous souhaite bonne journée aussi !
- Ça y est,
lâcha le nain écarlate, la boutade me monte au nez. Je vais me le faire le duelliste. Il va vite gicler de ma route après avoir pris son bal, je peux vous le dire !

Arzhiel partit d’un air emporté, revint sur ses pas pour attraper par l’oreille Rugfid qui jouait à son tour avec les moineaux et s’éloigna en grommelant. Arrivés en tête du cortège, les deux nains purent en effet constater qu’un humain en armure planté au milieu du pont défiait ceux qui voulaient traverser. Trois protecteurs et deux lanceurs de runes vaincus étaient étalés à ses pieds.

- Ahah ! clama-t-il d’une voix claire. Seigneur Nain, vous ne franchirez point ce gué avant d’avoir livré rude combat ou vous être acquitté d’un droit de passage.
- Houlà moins fort, mon grand, je mouille mon linge là. Brandir, éclatez-moi ce clown
.

Le guerrier s’élança et tomba dans la rivière, battu après seulement deux échanges.

- Il bouge tout le temps, seigneur ! se plaignit Brandir quand il sortit de l’eau, détrempé. Il a voulu m’enduire avec de l’erreur avec ses mouvements chelou !
- Sans commentaire,
lui lança Arzhiel, blasé, en le repoussant dans l’eau.
- Paierez-vous ? demanda le chevalier.
- Même pas deux cuivres pour une passe avec ta maman, répondit Arzhiel.
- Je me charge de ce valeureux ennemi ! s’exclama Ségodin, vibrant d’émotion. N’ayez crainte, seigneur ! Mon bras est à votre service pour pourfendre ce mécréant !
- C’est foutu,
marmonna le nain. On ne passera jamais.
- Un chevalier se présente à moi ?
fit le duelliste. Bien, dans ce cas, si je vaincs, j’exige de passer un quart d’heure avec lui dans les buissons là-bas ! J’adore les jouvenceaux blonds…
- Seigneur, c’est affreux !
s’écria soudain Ségodin en se tenant la jambe. Une blessure mal cicatrisée me lance brusquement et me cause une terrible douleur ! Je crains de ne pouvoir honorer ce combat !
- A mon avis, c’est pas à la jambe que vous risquez de ressentir une terrible douleur s’il vous bat, mon mignon, si vous voyez ce que je veux dire. Passez votre tour.
- Je vous remercie de m’épargner cette humiliation, messire,
fit Ségodin reconnaissant.
- Ouais. J’ai surtout pas un quart d’heure à perdre pour vos galipettes dans les buissons. Bon, comme c’est étonnant, il va falloir que je m’en charge moi-même ! Je vous garantis que la danse ne va pas durer une minute !
- Je confirme,
déclara Elenwë en arrivant près du pont. C’est rare que ses « danses » durent plus que cela, du moins avec moi…
- Oui, et bien, faites comme d’hab : fermez-la et endormez-vous !
- Attention, messire duelliste,
prévint la sorcière elfe. Des fois il bouge, ça peut prendre au dépourvu.
- Un quart de siècle avec une elfe dans les buissons, ça vous tente pas ?
demanda Arzhiel à son adversaire.
- Non, c’est bon, merci bien. J’ai quasiment la même à la maison. Vous croyez que je fais le péager pour le plaisir ? La solde de chevalier ne suffit pas à madame. Faut que je me trouve un petit boulot en plus après les heures de service, pff…Enfin bon, ça me donne une excuse valable pour mettre vingt lieues entre elle et moi.
- Moi, pareil !
s’exclama Arzhiel. Mon dérivatif, c’est la guerre. Si je ne génocide pas deux tribus orcs par semaine, elle me rend marteau.
- Et puis c’est des sermons et des reproches à longueur de temps !
renchérit le chevalier. Et que je ne suis pas assez attentionné, et que je ne tiens pas compte de ses envies, et que je lui manque de respect…Rentrez une seule fois de la taverne, complètement déchiré avec deux morues au bras, dont sa meilleure amie, et elle vous le ressert durant des mois !
- Et cette manie de toujours s’immiscer dans ma vie privée, de chercher à connaître le nom de mes maîtresses ou la somme d’or que je planque dans mon coffre perso ! J’ai aussi droit à un peu d’intimité !
- Elles nous ôtent notre statut de mâle dominant !
clama le duelliste. Vous allez voir que si ça continue, elles vont réclamer l’égalité des sexes !
- Ne parlez pas comme ça, ça me fait mal au cœur…Dites, vous m’êtes sympathique pour un humain. On s’en va raser un village orc avec les copains, ça vous dit de participer pour se marrer ? L’espion nous a prévenu qu’il y avait plein de femelles et de gosses !
- Pourquoi pas ?!
lança vivement le chevalier, ravi. Au diable le péage ! Allons-y. Au fait, quel est votre nom ?
- Arzhiel, du Karak de la montagne qui ressemble à un nibard de trollesse là-bas.
- Arzhiel ?! Sapristi ! J’ai lu votre nom dans l’excellente Gazette du Mage Vert. C’est une joie de faire votre connaissance ! En route, mon cher ? Allons détendre du peau-verte !
- Qu’est-ce qu’ils font ?
interrogea Ségodin, plus loin. Ils rigolent et se font des politesses ?!
- Je crois qu’ils copinent,
répondit Rugfid. Ils ont du se trouver des points communs…
- C’est un peu ça,
marmonna Elenwë qui, ayant entendu la conversation grâce à son ouïe développée, malaxait sa magie d’un air courroucé. Je me demande si leur fraîche amitié va résister à un sort de métamorphose en jouvenceau blond sur Arzhiel…
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:13

Episode LIII – Conseil de Guerre

Arzhiel s’arrêta devant la lourde porte à double battant pour peigner sa barbe et rentrer sa chemise de mailles proprement dans son pantalon. Il frappa fort trois coups et poussa les panneaux ouvragés, pénétrant dans une longue salle glacée où l’attendaient Shalimar Shadow, la drow chef de son alliance dite « l’impitoyable fouetteuse de fesses » ainsi que Sum Groor, le géant orc chef des armées dit « Face d’Olive », mais seulement par Arzhiel.

- Seigneur Arzhiel, clama Shalimar. Installez-vous, nous vous attendions…depuis trois jours.
- Salutations les potos ! Euh, ouais, le chemin était en pente avec plein de virages. Mais on a bien avancé. On ne s’est perdus que deux fois.
- L’heure est grave !
tonna Sum Groor en piquant nerveusement un morceau de viande sanguinolent dans son assiette. Nous sommes entrés en guerre contre de terribles…bah non même pas, contre des ennemis. On a besoin de faire le point avec vous. Un peu de cuissot d’humain des collines bouilli aux trois herbes ?
- Alors, non, mais merci de proposer,
répondit Arzhiel en déglutissant, écoeuré.
- Nous désirerions également des éclaircissements sur votre missive en réponse à la nôtre au sujet de vos ordres de bataille, soupira l’elfe noire en griffant la table d’ébène de ses ongles acérés.
- Ne vous faîtes pas de bile pour les âneries qu’il y avait dedans, ricana Arzhiel. C’est mon abruti de cousin qui m’a fait une farce en répondant à ma place. C’était pour déconner.
- Ce qui explique les insultes, les dessins obscènes, les paroles de chansons paillardes et l’écriture lisible cette fois-ci.
- C’est le nain que vous avez expédié à mon village comme stagiaire en punition ?
interrogea l’orque, le groin dans son auge.
- Non, ça c’est mon prêtre. Il a foiré une embuscade de deux nuits en fondant sur nos cibles en gueulant de peur, effrayé par un papillon qu’il croyait possédé par le Malin. Le cousin se balance depuis une semaine dans son gibet à l’entrée de la montagne. Il effraie les mendiants.
- Je trouve que vous avez bien progressé en autorité,
commenta Sum Groor, ironique.
- Bref ! trancha Shalimar en fouettant par réflexe un serviteur passant à portée. Pendant que vous gériez votre crise interne avec votre état-major, nous avons déclarés la guerre à une alliance de seigneurs adorateurs de la lune obscure.
- Ah, c’est sympa ça avec les beaux jours qui reviennent ! J’en avais ma claque d’exterminer du nomade et du brigand tout moisi. C’est quoi le motif de la guerre ?
- Rituels interdits et possession de démons de destruction massive.
- Sérieux ?!
fit le nain, stupéfait. Vous avez pas trouvé mieux ?
- Non, mais ça gonfle aussi toutes ces conventions !
s’emporta Sum Groor. Alors maintenant, il faut justifier sa guerre d’un motif valable si on veut passer pour des gars civilisés ! Raser dix villages pour la déconne et vous êtes un barbare, mais faites-le pour une cause juste et vous êtes un héros. On n’a pas l’habitude, aussi !
- N’empêche, le coup des démons de destruction massive, vous n’avez pas peur que ça se voit ? En plus, je les connais, les rigolos qui se touchent devant la lune, là. C’est qu’un ramassis de loqueteux même pas capables d’invoquer une poule démoniaque !
- C’est légal ça, le poulet démoniaque ?
demanda Sum Groor. Faudrait compulser les archives du Grand Conseil des Nations…
- Blague à part, c’est quoi le motif ? Enfin, la vraie raison quoi.
- Ils spolient le nom des Ténèbres pour mener des carnages et des massacres sur leurs voisins
, répondit Shalimar d’un ton solennel. Ils forcent leurs victimes à adorer leur divinité grotesque et chantent les louanges de leurs victoires sur des clans bien plus faibles qu’eux. Ils ont envahi les terres d’un de nos amis et défient autrui d’égaler leur puissance ridicule en de pathétiques palabres gonflées de vanité et de bravades.
- Bon, ben c’est pas les petits frères des pauvres, c’est clair,
concéda Arzhiel. D’un autre côté, entre les empereurs mégalos, les tyrans sanguinaires, les fanatiques de l’oracle et les voleurs de poules qu’on se farcit à longueur d’année, je ne vois pas en quoi ils sortent du lot.
- Des poules démoniaques encore ?
questionna Sum Groor, troublé.
- Ce sont des blasphémateurs, des impies, vils et fourbes, cruels et lâches ! rugit Shalimar, furieuse, en se levant d’un trait. Ils méritent le juste châtiment que nous leur réservons !
- C’est pas que je veux faire mon pénible, hein. Bon, j’ai bien calculé tous vos arguments, les vilains qui font le mal et tout le cortège, mais va falloir trouver du plus solide pour convaincre le reste des peuplades. Déjà moi, je ne suis pas top convaincu alors que je joue dans votre équipe, alors imaginez les vieilles peaux du sénat ou la clique des lopettes du nord.
- Faut admettre que déclencher une guerre sainte contre un pays minable alors qu’on est une super-puissance et raconter au reste du monde que c’est eux les méchants de l’histoire parce qu’ils possèdent des démons de destruction massive et qu’ils martyrisent leurs voisins,
déclara Sum Groor, ça fait un peu gros. Quelles nations développées se laisseraient avoir par des prétextes aussi débiles ?
- On peut jouer sur la peur, sinon,
avança Arzhiel. On lance deux, trois assauts bien saignants sur des civils au quatre coins du monde et on dit que c’est la faute de fans de la lune. Mais maintenant qu’on est entre-nous là. Allez, faites pas vos timides. C’est quoi la vraie raison ?

Shalimar Shadow, occupée à écraser un serviteur sous son talon aiguille, se retourna et afficha une mine boudeuse et vexée.

- Ils ont dit qu’on était arrogants, avoua-t-elle d’une voix à peine audible.

Arzhiel, mal à l’aise, échangea un regard avec Sum Groor et laissa couler quelques secondes de silence
.

- On va garder le truc avec les démons de destruction machin finalement.
- Cela me semble fort avisé en effet,
le soutint l’orque. Ce point étant éclairci, passons au cas de notre principal belligérant…Un souci, Arzhiel ?
- Non, rien, c’est le mot « belligérant ». Ça me fait bizarre de pas entendre une question débile sur son vrai sens. Mauvaise habitude de mon Karak, je suppose. Reprenez, le vert.
- L’ennemi que nous comptons éliminer est visiblement persuadé d’être incarné par l’esprit supérieur du ver de terre,
expliqua Shalimar, ce qui lui confère une absurde témérité et un irrespect total envers nous.
- Un ver de terre ?!
fit Arzhiel, étonné. Pff, ça va loin là, c’est du lourd…Je pourrais lui faire rencontrer mon ingénieur s’il aime les bêtes.
- C’est lui qui s’est vanté de pratiquer des rituels infernaux,
ajouta Sum Groor. Il prétend même que les siens se baignent dans du sang de nain des montagnes.
- Mais pourquoi tous les tarés font une fixette sur les nains ?! Vas-y que je me moque d’eux, que je leur coupe les pieds et maintenant le sang ! Pourquoi pas les elfes ? Ils font bien plus tapettes pourtant ! Là, c’est sûr, il va prendre cher le lombric !
- Je crains que lui et ses alliés n’aient pris la fuite en apprenant nos intentions. Ses actes se limitent désormais à des provocations et des insultes creuses et maladroites.
- C’est parce qu’ils se fait dessus, c’est tout. Il est aux abois et acculé.
- Il va se faire acculer à sec, oui !
pesta Sum Groor.
- Nous sommes donc bien d’accord, conclut Shalimar d’un coup de fouet. Nous conservons notre ligne de conduite et poursuivons notre action punitive.
- En résumé, on attaque un ramassis de lavettes apeurées et fuyardes bouffies de vanité, amateurs de la lune et du sang de nains, avec à leur tête un ver de terre vantard et malpoli sous prétexte de possession de démons de destruction massive et de viols des traités inter-nations du Grand Conseil ?
demanda Arzhiel. C’est bien ça ?
- Tout à fait,
acquiesça Shalimar Shadow en remontant ses porte-jarretelles en cuir.
- Ça me va ! Vous allez voir qu’avec toutes les mauvaises langues qui traînent, on va encore se voir fustigés dans tous les sens !
- Les gens n’ont aucun respect !
râla Sum Groor. On est quand même les défenseurs du monde libre, quoi !
- Au fait, j’y songe juste par hasard…Ils ont des richesses les lunatiques là ?
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:13

Episode LIV – Le Gang du Double J

- Seigneur ! cria le soldat affolé. Ah, vous êtes là ! C’est affreux ! Tiens…C’est pas une sœur de Hjotra mal cachée sous vos draps ?
- Tiens,
rétorqua Arzhiel en se rhabillant, furieux, c’est pas le futur préposé aux latrines sur le seuil de ma chambre ?
- Un nouveau larcin vient d’avoir lieu !
se reprit le guerrier en fixant le plafond tandis que la naine sortait discrètement. C’est encore l’infâme gang du Double J.
- Ils commencent à me les briser menu ceux-là ! Ils ont laissé un message ? Faites lire ! « Nain bourru cherche naine bourrée pour ruades et rudes bourrades ». Hein ?! C’est codé ?
- Oups ! Désolé, c’est une annonce de rencontre que j’avais l’intention de faire publier dans la Gazette du Mage Vert, héhé. Vous la trouvez comment ? Hum, pardon…Le vrai message, c’est celui-ci.
- Pas un pour rattraper l’autre, j’vous jure,
grommela Arzhiel en arrachant le parchemin des mains de son soldat. Alors : seigneur de pacotille…gnagnagna…merci pour le pognonvos gardes sont des quiches, merci de l’info, je m’en doutais pas…on reviendra…Signé : le gang des Jumeaux Joufflus. Par les fesses plates de mon épouse, si je les gaule, je les émascule à la petite cuillère ! Montrez-moi le lieu du vol.

Le soldat mena Arzhiel jusqu’aux grottes où était entreposé le dernier butin de guerre en cours de comptage et vulgairement pillé.

- Mais c’est pas possible ! Ils ont même embarqués les poignées de porte ! Et le paillasson ! Elles foutaient quoi les sentinelles postées là ?!
- Elles sont là-bas
, répondit le soldat en désignant quatre nains en armure parfaitement immobiles, comme figés en plein élan.
- Que Gazul me pince les miches ! C’est un sort de pétrification ?! Ils avaient un sorcier ou un basilic avec eux ?! Les gars, vous êtes vivants ? Vous m’entendez ?!
- Oui, seigneur, pas la peine de gueuler, on est en face de vous. On va bien, juste quelques crampes à force de rester sans bouger.
- Mais pourquoi vous restez plantés comme des haches dans le front d’un orc ?!
- La partie de Un, deux, trois soleils n’est pas terminée,
répondit le gardien sans trop remuer les lèvres. Maître Hjotra l’a interrompue pour aller pisser, on attend son retour. D’ailleurs, il faudrait qu’il se dépêche, ça fait des heures. On n’a pas pu s’interposer du coup quand les voleurs sont arrivés.
- Vous voulez dire que vous les avez laissés piller mon flouze sans avoir l’idée de vous agiter la nouille une seconde pour les empêcher ?!
beugla Arzhiel, livide.
- C’était une partie décisive, se justifia l’un des gardes avant d’être étalé d’un direct.
- Ben comme ça c’est réglé, t’as perdu, couillon. Retrouvez-moi ce gang de pouilleux, bande d’ânes bâtés, ou je vous force à goûter la cuisine de Svorn jusqu’à ce que la colique vous paralyse, c’est-à-dire jusqu’à la seconde louche !

Epouvantés par cette odieuse et insupportable perspective, le groupe de soldats s’éparpilla en proie à la panique, laissant Arzhiel seul à mâchouiller ses poings en trépignant.

- Oh non ! fit Hjotra en se pointant, l’air déçu. Ils sont partis les copains ? Zut, j’aurais pas dû faire cette sieste en cours de partie aussi. J’aurais dû revenir pour la faire ici après.
- C’était votre tour de garde, vous ronquez et vous jouez avec les gardiens ?! Mon ami, je crois que je vais vous baffer jusqu’à ce que mort s’ensuive. Si, si. Approchez, venez voir papa.
- Pas la peine de vous énerver
, fit l’ingénieur en souriant. Promis la prochaine fois, on vous invite à jouer aussi. Vous êtes mou mais c’est un jeu facile, vous verrez.
- Et mon marteau sur votre crâne de piaf, il est mou ?!
explosa Arzhiel.
- Seigneur ! appela l’espion tandis qu’Arzhiel mordait le mollet de Hjotra, ce dernier riant aux éclats, amusé par cette soudaine chamaillerie. Ah, mon dieu ! Mais prévenez au moins quand vous tripotez Hjotra comme ça ! Je crois que le choc vient de me faire perdre huit points de vision à chaque oeil !
- Bougez pas, vous !
grogna Arzhiel. Je mets minable ce débile congénital et je viens vous mettre votre danse !
- Euh, je vous sens bien à cran là donc je vais vous laisser. Je voulais juste vous faire mon rapport au sujet de ma mission là…euh…le truc avec le gang des voleurs machin…Mais ça urge pas.
- Votre infiltration ?
questionna Arzhiel en achevant une souplesse arrière sur Hjotra.
- Ouais, c’est ça. Voilà, bon c’est fait. J’ai réussi à me faire engager. Je viendrai chercher ma récompense demain puisque vous êtes occupé là.
- Vous avez infiltré le gang des Jumeaux Joufflus ?!
s’écria le seigneur de guerre en plongeant sur Hjotra étendu, le coude en avant.
- Oui. J’ai du passer un test et tabasser une vieille pour me faire accepter, mais c’était facile, c’était justement la tante de Svorn. Les voleurs m’ont même emmené avec eux ce soir pour le braquage. Le pognon qu’on s’est fait ! Je devrai peut-être me recycler…
- Vous êtes en train de me dire que vous avez participé au pillage de mon or ce soir ?!
- Oui, pourquoi ? Ah, je vois ce qui vous chagrine. Mais je ne peux pas vous rendre ma part, je l’ai dépensé pour acheter un service à vaisselle et une tête d’ours empaillée
.

Arzhiel fulmina en tremblant sur place. A moitié sonné, Hjotra rampa jusqu’à l’espion en lui claqua la main avant de s’effondrer. Arzhiel se rua sur son nouvel adversaire et l’étala d’un coup de pieds joints. Quelques figures acrobatiques plus tard, l’espion rossé menait les siens au repaire caché du gang de braqueurs. Les nains furieux prirent d’assaut la cabane isolée et massacrèrent les voleurs surpris, à l’exception d’un seul qu’Arzhiel lui-même tint à interroger, petite cuillère en main.

- Où est ton chef, tire-laine ?! hurla-t-il sur le prisonnier ligoté.
- Je vais parler, je vais parler, gémit le captif. Mais éloignez-vous ou brossez-vous les dents, je vais tourner de l’œil ! Le chef est déjà passé prendre sa part.
- Combien il manque au butin ?
demanda le seigneur de guerre à Svorn.
- Deux cents pièces d’or, répondit le prêtre en tendant à son chef une poignée de feuilles de menthe à mâcher, le nez pincé.
- Deux cents ?! Ça y est, j’ai des palpitations ! Mène-moi à ton chef !!!
- Impossible ! Je ne connais rien de lui, même pas son visage ou son nom !
- Si tu continues à me jouer du pipo, je donne tes roubignolles à manger à mon cerbère !
- Je ne mens pas ! Il est apparu un jour pour créer le gang en butant l’ancien chef avec sa magie. C’est lui qui préparait nos attaques sur votre Karak. Il restait dans l’ombre, masqué !
- Tu es sûr de ta version, ma mignonne ?!
grogna Arzhiel en s’approchant.
- Certain ! pleurnicha le brigand. Mais vous allez les prendre ces feuilles, bon sang ?!
- Alors tu sais dalle sur ce chef mystérieux ? Pas de regret ?
- Vous voyez bien qu’il sait rien !
pesta Svorn. Foutez-lui la paix ! Si vous me le brutalisez, je ne vais pouvoir effectuer un travail de qualité en le torturant après !
- Dites, si vous m’emmenez pour me torturer, promettez-moi de ne pas me donner la bouffe qui vous refile pareille haleine. Je suis peut-être trancheur de bourses chez les Jumeaux Joufflus, mais j’ai un minimum d’hygiène !

- Les Jumeaux Joufflus ?
répéta Elenwë, plus tard, une fois Arzhiel de retour.
- Spécial le pseudo, hein ? Vu la frousse que les voleurs avaient de leur chef, ça devait être une bestiole bien crade, genre un ogre bicéphale, des mages siamois ou deux frangins orcs obèses…Sinon, je vois pas qui pourrait m’en vouloir à ce point pour s’acharner à me piller trois fois en deux semaines.
- Vous êtes futés, mon gros barbu
, murmura l’elfe, un sourire aux lèvres, en soupesant discrètement sa poitrine généreuse débordante de son décolleté. Vous devinerez sûrement un jour…
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:13

Episode LV – Le Nouveau Seigneur

Elenwë était en train de s’épiler grâce à son sort des doigts enflammés lorsque les nains firent irruption dans sa caverne, portant Arzhiel à bout de bras. En voyant l’elfe en petite tenue, l’escorte s’enfuit en hurlant d’effroi et en se bousculant, non sans avoir au préalable jeté leur seigneur par terre.

- J’avais pourtant exigé une vierge blonde en sacrifice, plaisanta la sorcière.
- Ségodin n’était pas dispo, grogna Arzhiel dans un rictus de douleur. Il s’est assommé tout seul avant la bataille en nettoyant son arc. Auriez-vous l’obligeance d’examiner et, accessoirement, de soigner ma blessure au bras avant que je claque sur votre carpette. Ça commence à picoter sévère là !
- Fondamentalement, je n’en ai pas la moindre envie mais si je le fais vous me serez redevable. Alors, jetons un oeil…Ah ! Par les pupilles nacrées de la déesse-mère, mais c’est absolument répugnant ! Vous n’avez pas honte de me montrer un truc pareil ! Je viens juste de déjeuner !
- Bah écoutez, je remballe mes lambeaux de chairs et je reviens à la fin de votre digestion ?
- Comment avez-vous réussi à vous faire saigner comme ça ?! Mais y a déjà des vers ! Je croyais que vous combattiez de simples humains !
- C’est marrant, je me suis posé la même question. Faut croire que la seule bestiole mutante mi-araignée mi-scorpion de trente pieds de haut du pays m’était carrément destinée ! Bon, vous soignez ou je clamse direct en faisant exprès de me répandre partout sur votre tapis ?!
- Ça va, ça va ! Et vos gardes ? Ne sont-ils pas payés pour vous protéger ?
- Ils étaient aux fraises,
grommela le nain.
- Ah, ne faîtes pas votre tête de cochon avec moi ou je vous laisse avec vos larves !
- Non, sérieux. Ils étaient vraiment partis cueillir des fraises ! Et moi je vais pas tarder à aller les sucrer si vous n’êtes pas plus douce ! Aieu !
- Mais quelle chochotte !
soupira Elenwë. Je vous enlève juste un bout d’os moisi et vous chouinez ! C’est ma faute si vos ligaments résistent autant ? Ah, flûte !
- Quoi ?!
fit Arzhiel, affolé. Qu’est-ce qu’il y a ?!
- C’est rien, c’est juste que ça s’infecte. Dîtes, mon bon, vous y tenez vraiment à votre bras ? Parce que sinon, je vais devoir utiliser un sort de guérison sacré niveau IV et je risque d’avoir le teint tout brouillé pour le reste de la journée après. C’est ennuyeux…
- Mais magnez-vous ! Je vois des petites étoiles ! Je crois…que je vais…


Tout devint noir et Arzhiel perdit connaissance. Lorsqu’il rouvrit un œil, réveillé par le contact de doigts fouillant dans sa bourse, il se trouvait dans un lieu froid, humide et obscur.

- Arf, j’ai la tête comme après une pire biture…marmonna-t-il. Où je suis là ? Snif ? A l’odeur, c’est ou la chambre de Svorn ou les égouts.
- Perdu,
répondit Elenwë en empochant discrètement un peu d’or. Ce sont les cachots.
- Qu’est-ce que je fous là ? Mon bras ! C’est atroce cette douleur ! Je ne suis pas guéri ?
- C’est un peu lié. Disons que la blessure est soignée mais que le venin n’est pas encore purgé. Vous risquez de prendre cher pendant quelques jours, nausées, fièvres, agonie, crises de démence, migraines insoutenables et sensations d’exploser. Rien de bien méchant mais je préfère vous isoler pour pas que vos hurlements dérangent tout le monde, vous saisissez ?
- C’est votre tignasse que je vais saisir pour repeindre les murs avec votre…Arghhhhh ! Mais pourquoi je gerbe du pus ?!
- Vous vous excitez pour rien,
fit l’elfe en reculant. Restez au calme et souffrez en silence. Y en a qui essaient de dormir plus haut. Ah, j’allais oublier. Comme vous êtes indisponible pour la semaine, j’ai dit à vos tarés de nains de choisir un remplaçant. Du coup, c’est Svorn qui a pris le pouvoir au Karak. Voilà, bonne nuit ! Je vous apporterai du pain sec demain matin…Enfin si j’y pense… et si j’en trouve. Bises, mon aimé !
- Mais non papa, j’épouse juste une elfe, ça ne peut pas être aussi terrible que ça ?
marmonna Arzhiel, ironique, avant de pleurnicher de dépit.

- Seigneur ? chuchota une voix dans les ténèbres, une semaine plus tard. Vous êtes là ?
- C’est-à-dire qu’après deux fractures en essayant de forcer les barreaux de mon cachot, je me suis dit que finalement j’allais rester. Bien sûr que je suis là ! C’est qui ?
- C’est moi, monseigneur,
répondit Ségodin en s’approchant. Vous allez bien ?
- Huit jours après ma blessure, c’est sympa de vous inquiéter de ma santé, pauvre cloche ! Vous venez me libérer ou vous essayez une thérapie par le rire ?
- Non. Je voulais vous demander si je pouvais rester enfermé ici avec vous.
- Quoi ?! Mais pourquoi ?! Vous êtes cintré !
- C’est devenu invivable pour moi au Karak. Svorn a organisé une série de jeux pour distraire le peuple. Tout le monde course les non-nains pour les bastonner et leur braquer leurs fringues. Trois fois que la même bande de mouflets se barre avec mon armure après m’avoir cassé les dents et une vieille m’a bouffé la moitié de la main ce matin !
- Merde alors ! Et comment elle va ? Ça ne l’a pas rendue trop malade ?
- Arrêtez de vous moquer, seigneur, c’est l’enfer là-haut depuis que Svorn s’est nommé Empereur Suprême Béni de Gazul et Maître Divin du Karak
- Je dors à côté de mes déjections dans la crasse d’une cellule de deux mètres sur un et je me suis réveillé ce matin avec un cafard dans la bouche. Mais parlez-moi de vos soucis, ça m’intéresse…
- D’accord,
fit Ségodin en s’asseyant devant la geôle. Svorn a chopé le melon depuis qu’il est le chef. Il a proclamé la traque aux hérétiques qui refusent de manger des champignons et d’aller huit fois à la prière par jour. Il a tapé dans le trésor pour se faire construire une cathédrale gigantesque à son nom avec une statue de lui nu devant. Cinquante ouvriers sont déjà morts d’horreur sur la statue. Et il veut lancer le commerce de souvenirs et de statuettes identiques dans toute la région. Barbes et toges obligatoires pour tous, même femmes et enfants. Quoi d’autre ?
- Fête de la Saint-Pierre tous les soirs de pleine lune,
murmura l’espion en sortant de l’ombre.
- Ahhhh ! cria Arzhiel. Qu’est-ce que vous fichez là, vous ?! Vous sortez d’où ?
- Svorn m’a engagé pour espionner Ségodin alors je l’ai suivi. Il m’a promis une torture quotidienne plus légère si j’obéissais. Je suis qu’à moitié nain aussi.
- Moi je suis nain de partout, mais il me tape quand même,
ronchonna Hjotra, derrière lui.
- C’est mon captif, expliqua l’espion en montrant les chaînes. Je prévois toujours une excuse au cas où j’échoue. Et Svorn hait plus Hjotra que moi.
- Il est jaloux de mes pectoraux je crois,
confia l’ingénieur.
- C’est quoi la Saint Pierre au fait ? demanda Ségodin.
- On va tous aux villages humains de la vallée avec des pierres et on lapide les bouseux. On fête les pierres, quoi.
- Faut que vous fassiez quelque chose, seigneur !
supplia Ségodin.
- Partez devant, je vous rejoins, rétorqua Arzhiel en se couchant dans la poussière.
- On peut rien faire, messire ! couina l’espion. Svorn a formé une milice de bourrins pour faire régner la terreur avec Brandir à leur tête.
- Le traître…
se lamenta Hjotra. Il le tient en son pouvoir en obligeant tout le monde à faire la queue à la cantine pour avoir sa part. Comme c’est par ordre analphabétique…
- Anal quoi ?!
- La queue par ordre anal machin,
reprit Hjotra. Brandir passe donc dans les premiers et se gave à volonté sur la part des autres. Le sauté de champis a ruiné notre amitié !
- Débrouillez-vous tout seuls !
râla Arzhiel. Fallait pas me laisser moisir ici. En plus, depuis que j’ai plus de responsabilités, je suis serein et reposé. Je fais du « lâcher prise ».
- Le lâcher prise, c’est pas le jeu de Svorn qui consiste à balancer les nourrissons orques depuis la falaise ?
demanda Hjotra.
- Sortez-vous de la purée sans moi. Vous ne venez me voir que pour que je répare vos bêtises et ça me lourde de jouer le papa. Svorn est un peu trop sensible à l’ivresse du pouvoir, ça lui passera sûrement…Il a buté Elenwë au moins ?
- Non, la milice assiège sa chambre mais elle les tient à distance en leur envoyant des baisers volants et en leur jetant ses sous-vêtements. Les gars ne tiennent pas le choc…
- Vous êtes donc certain, seigneur ?
questionna Ségodin. Vous ne venez pas nous libérer du joug de ce fanatique mégalo ? Rien ne vous fera changer d’avis ?
- Vous voir danser le menuet et encore c’est pas sûr.
- Laissons-le en paix, mes amis,
dit l’espion. Allons annoncer au peuple qu’Arzhiel s’est retiré. La chanson de propagande lancée par Svorn où il est fait mention de sa fuite avec un amant orque dans une forêt pour faire du jardinage est fausse. Au moins, nous savons cela à présent.
- Fuite ?
grogna Arzhiel, écarlate. Amant orque ?! Jardinage ?!!! Passez-moi votre hache…Ce soir on mange des brochettes de haut prêtre. Ça tombe bien, je suis le premier par ordre analphabétique !
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Eidhir
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:14

Episode LVI – Le Secret du Nom Interdit

- Vous me faîtes la tête, cousin ? demanda timidement Rugfid en repliant ses genoux.
- Allez vous faire déchiqueter par une nuée de chauve-souris vicelardes et dévorer vivant par un ogre édenté, répondit Arzhiel d’un ton implacable avant de se retourner.
- Ouf, vous m’avez fait peur ! fit l’explorateur, soulagé. Je pensais sottement que vous m’en vouliez d’être coincé ici ! Je dois admettre que j’y suis quand même un peu pour quelque chose.
- Ah bon ?! Mais pourquoi donc ? Parce que vous m’avez bousculé en fuyant la charge de l’ennemi dans le couloir de ce temple en ruines ? Parce que j’ai rebondi contre le mur et que je me suis fait piétiner par mes soldats ? Ou parce que le piège que vous avez activé par accident ouvrait justement le chausse-trappe qui nous a éjecté direct dans cette oubliette ?!
- Hihi, c’était marrant le toboggan !
- Si ça vous a plu, je vous promets un second passage dès qu’on sort de là ! A condition, bien sûr, que les autres abrutis s’aperçoivent qu’on a disparu !
- Ça va baigner, cousin ! Ne vous en faîtes pas. J’ai volé le casse-dalle de Brandir avant l’exploration. Quand il s’en rendra compte, il retournera le temple pierre par pierre pour me mettre la main dessus.
- Y a quoi dans sa collation ?
demanda Arzhiel, par curiosité.
- Une dizaine de tartines géantes, lard, champignons, jambon d’ours, cuissot de cerf cuites dans leur graisse…C’est frugal, pas de quoi tenir plus de deux heures à mon avis.
- Si la liche gardienne des lieux tombe sur les gars, elle va les exploser comme des bien nazes pendant que je suis coincé dans ce trou puant avec vous !
- Ça pourrait être pire,
relativisa Rugfid, froissé.
- Impossible, j’ai laissé Hjotra au Karak. Je voulais réussir la mission.
- Dites, cousin,
avança timidement l’explorateur après un court silence. Je peux vous poser une question personnelle sans que vous me fassiez la grosse voix et le regard méchant ?
- Si vous me faîtes pas promettre de ne pas user de violence dans les prochaines heures…
- J’ai l’impression que vous ne m’aimez pas. C’est vrai ?
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
demanda Arzhiel en tapotant le mur crasseux de l’oubliette.
- Je sais pas trop. Je me fais sans doute des idées. C’est dans votre attitude générale. Des détails…Le fait que je sois le seul à partir au combat avec une cible peinte en rouge sur mon armure par exemple.
- Ah, ça…euh…hé bien…C’est une sorte de rune antique de protection.
- Et quand vous m’avez envoyé terrasser le cyclope des landes tout seul, sans arme.
- C’est pas vrai ! Je vous avais refilé un très imposant bâton en bois sec !
- C’est avec ça qu’il s’est étranglé quand il a voulu me becqueter d’ailleurs,
songea Rugfid. Et quand vous m’avez promu goûteur officiel de à l’époque où sévissait l’empoisonneur fou.
- Je me souviens. C’était Svorn qui cuisinait en cachette en fait. Douze morts pour qu’il comprenne que son sauté de champignons était infect…Mais où voulez-vous en venir ?
- Je crois que vous essayez de me faire buter, cousin, et ça me travaille.
- Laissez-moi deviner,
soupira Arzhiel. Vous allez me gonfler le biniou jusqu’à avoir une réponse, c’est ça ? Et comme on est coincés ici juste pour l’éternité, j’ai pas d’autre choix que de céder. Et si je ne veux pas malgré tout ?
- Je recommence à chanter,
avoua l’explorateur.
- C’est bon, c’est bon, je me rends ! Tout de suite les menaces ! C’est pas spécialement contre vous, c’est juste que vous faîtes partie de ma famille. Voilà.
- On est cousins ! En quoi ça vous chagrine ?
- Ça me chagrine à cause de mon nom ! Parce que vous le connaissez !
- Un peu oui, j’ai le même ! C’est vrai que j’ai eu du mal à l’apprendre les trente premières années. Je me le gravais sur la main en pense-bête. Regardez, on voit encore les cicatrices. Mais on nous l’a retiré quand la famille vous a banni pour avoir épousé Dame Elenwë. Ah, j’ai pigé ! Vous avez peur d’offenser les dieux si je révèle votre nom de famille interdit !
- Y a un peu de ça,
se renfrogna Arzhiel, mal à l’aise. Quand vous êtes ivre, c’est-à-dire la moitié de la journée, vous débitez les âneries vitesse grand V. Mais c’est pas le pire. Si vous vendez la mèche, les dieux vous éclateront avant moi, mon petit père.
- Non, je suis votre cousin, rappelez-vous, pas votre pè…
- Bref ! C’est pas tant l’ancien nom interdit qui me dérange, c’est surtout le nouveau, secret, tu, caché et honteusement dissimulé à tous sauf à mes proches dont vous faîtes partie.
- Le nouveau ?
questionna Rugfid en mangeant une tartine de Brandir.
- Celui que j’ai pris quand j’ai épousé l’autre dinde, marmonna Arzhiel, écarlate de gêne. La tradition, j’ai pas eu le choix…C’est son nom, un nom elfe…
- Un nom elfe !
s’écria le nain en crachant la moitié de ses bouchées au visage de son cousin. Mais c’est la pire honte ça pour un seigneur nain ! Je le savais pas !
- Quoi ?!
hurla Arzhiel en essuyant la viande maculée de graisse coulant sur sa barbe. Vous l’ignoriez ?!
- Mais carrément ! Jamais j’aurais pu garder un secret pareil ! J’étais absent le jour de votre mariage avec la quiche maigrelette. J’avais pris une vilaine cuite la veille et mes parents en avaient profité pour me vendre à un marchand d’esclaves du sud. J’ai mis six mois pour revenir au pays !
- Ah les bourriques !
explosa Arzhiel en écrasant la tartine sur la face de son cousin. J’ai du soudoyer vos parents pour qu’ils la ferment. Ils me menaçaient de faire révéler au monde entier mon nouveau nom pourri par le biais de leur fils devenu explorateur !
- Les raclures !
persifla Rugfid en léchant ses lèvres barbouillées. Ils ne m’ont même pas donné ma part !
- Par les grelots de Gazul, je me suis fait enfler de toute part !
rugit le seigneur de guerre. J’ai écopé d’un nom merdique qui ressemble à un gazouillis d’oiseau, d’une femme elfe dégénérée, d’une famille qui me bannit, d’un oncle et d’une tante qui me volent et d’un cousin boulet qu’est même pas explorateur !
- Rien n’est plus précieux et important que la famille !
lança Rugfid avec un large sourire ému en essayant de faire un câlin à Arzhiel.
- Et en plus je lui avoue mon secret le plus infâmant alors qu’il l’ignorait…souffla le nain dépité en repoussant son cousin d’un coup de talon dans les dents. Je veux mourir ! Mais où sont les liches quand on a besoin d’elles ?!

Arzhiel, désespéré, heurta sa tête contre la paroi en gémissant avant de s’interrompre brusquement et de coller son oreille au mur. Un bruit lointain, sourd mais croissant avait attiré son attention. Le son se rapprochait rapidement et bientôt, Arzhiel préféra reculer prudemment et exposer son cousin devant lui. L’oubliette tout entière trembla, les parois se fissurèrent et la pierre vola alors en éclats sous les coups de butoir.

- Ça sent la tartine ici ! fit la voix de Brandir à travers le nuage de poussière du mur défoncé.
- On est sauvés, cousin ! s’exclama Rugfid en se relevant. Dites, hihi, vous me donnez quoi en échange de mon silence ?
- Brandir !
appela solennellement Arzhiel en s’époussetant. C’est lui qu’a piqué votre bouffe. Et il en même recraché par terre.

Le seigneur nain fit un habile pas de côté tandis que le guerrier sombrait dans une furie meurtrière avant de fondre sur Rugfid hurlant d’effroi. Sans un regard sur le carnage qui avait lieu dans son dos, Arzhiel sortit lentement, soulagé et serein.
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:14

Episode LVII – La Bête Quête

- Stop !
s’exclama Arzhiel en pilant. Stop ! On s’arrête ! On a du le semer, c’est bon !

Le groupe de nains essoufflés scruta les sous-bois silencieux et put commencer à se détendre.

- Ah non, mais franchement, vous m’en ratez pas une ! gronda le seigneur de guerre. Quand je dis on parlemente, ça veut pas dire de jouer les mulets et de charger en gueulant ! Y a des blessés ?

La plupart des nains levèrent le bras, couverts de griffures ou d’écorchures dues aux ronces. Hjotra prit le poignet de Ségodin, inconscient et traîné derrière lui, et le lui leva sous le regard dépité d’Arzhiel.

- Bande de furieux…Bon ben lâchez-le vous et foutez-le sous un arbre, il se réveillera bien un jour ! Il ne va pas claquer pour trois pauvres boules de feu prises de front. Qui d’autre a pris cher ?
- Je crois bien que ce sale druide a profité de l’assaut pour tester son nouveau bâton,
déclara Svorn. Il a jeté plein de maléfices assez curieux.
- Curieux ? C’est-à-dire ?
- Rugfid ne peut plus marcher qu’à reculons. Il en est à son vingt-troisième arbre en cent mètres. Il a battu son propre record et sans être ivre cette fois. Brandir est suivi par une flopée de moineaux et dès que Hjotra ouvre la bouche, il en jaillit un oiseau. Dans un sens, c’est pratique. Grâce à Brandir qui joue au nid d’hirondelle, on sait combien de fois Hjotra a parlé.
- C’est bien une magie d’elfe des sorts aussi pourris ! Allez, retournez Rugfid, on y repart. Mais laissez-moi causer cette fois ! Sinon, je suis bon pour ouvrir un cirque sur la place du marché.


Arzhiel regarda Brandir qui tentait désespérément de chasser la nuée d’oiseaux tournant au-dessus de sa tête, ce qui faisait rire Hjotra qui crachait roitelets et pies venant s’ajouter au lot. Svorn installait l’écu de Rugfid en rétroviseur sur son épaule tandis que le reste de la troupe faisait cuire de la nourriture sur Ségodin encore fumant.

- La bande de pipis au lit qui baroude de nouveau dans mon bosquet, lança le druide elfe en observant la troupe de nains pointer le bout de son nez à travers les buissons. Vous voulez que je vous fesse cette fois ?...Hé ! Eloignez cet humain ! Il met des cendres partout, je viens de nettoyer !
- Salutations, lopette des bois !
lança Arzhiel aussi poliment qu’il le put. On s’excuse pour l’attaque. Hum ? Non pas pour avoir tenté de vous ruiner, mais pour avoir échoué à le faire. Promis, on se rattrapera un autre jour. Aujourd’hui, on venait juste obtenir des renseignements. On cherche un djinn pour mon épouse. D’habitude, je me cogne de ses envies mais là elle devenait vraiment pénible. Mais je vous parle de femme, ça ne doit pas vous intéresser en tant que mâle elfe. Envoyez un djinn.
- C’est comme ça que vous requerrez de l’aide ?
fit le druide, blasé.
- J’ai pas bien entendu ? rétorqua Arzhiel en montrant sa hache. Vous dites que vous allez nous en invoquer un de suite, c’est ça ?
- En temps normal, je vous aurai déjà changé en glands, même si la transformation n’aurait pas exigé grands changements, mais je vous connais, nain. Vous êtes Arzhiel du Karak aux demeurés là-bas. Je sais que votre épouse est une elfe. Donc je vais vous aider.
- Vous avez vu seigneur ?!
s’exclama Brandir, un rouge-gorge perché sur le casque. Notre réputation ne connaît pas de frontière !
- A juste titre, je le constate,
murmura le druide. Je dois vous poser des énigmes pour voir si vous êtes dignes d’emporter un esprit pur comme un djinn. Vous êtes prêts ? Quel est le seul animal terrestre incapable de sauter ?
- C’est une blague ? C’est ça votre énigme ? C’est votre tête qui va sauter.
- Ah, je vois une main qui se lève ! Nain avec le doigt dans le nez, je vous écoute.
- C’est l’oliphant !
répondit fièrement Hjotra en dégobillant un corbeau.
- J’arrive pas à croire que son délire pour les bestiaux nous serve à quelque chose, commenta Svorn, désabusé devant son camarade tout enjoué.
- J’arrive pas à croire qu’on puisse savoir ce genre de connerie, marmonna Arzhiel.
- Bravo ! applaudit l’elfe. Je suis surpris. Allez, une autre. Quelle espèce animale est uniquement gauchère ?
- L’ours polaire !
bondit Hjotra. Je le savais, c’était facile !
- Vous avez fait quoi aujourd’hui ?
ironisa Arzhiel en décapitant au vol un oiseau sorti de la bouche de Hjotra. On a joué aux devinettes animales avec un elfe et c’est Hjotra qui a gagné…Bon, on peut l’avoir ce fichu djinn et enfin décrocher de cette forêt puante ?
- D’accord,
répondit le druide. Mais si vous et vous seul, chef grincheux, répondez à celle-ci : quel est le seul animal dont le cri n’a pas d’écho ?
- Je suis dégoûté…
soupira Arzhiel, cuisant de honte. Je le sais en plus, c’est le canard. C'est l'approche favorite de Hjotra pour lever les filles...
- On a gagné !
exulta Hjotra en prenant son chef dans ses bras et en lui éructant une alouette au visage. On va avoir un djinn ! Au fait, c’est quoi un djinn ?
- Bon, le zoophile, tu l’envoies ce djinn ?!
- Je n’en ai plus sur moi,
répondit l’elfe, amusé. Mais allez soulever cette pierre maudite là-bas. Un démon y est enfermé. Dites-lui que vous venez de ma part et il vous en cèdera un.
- C’est vraiment une quête passionnante !
lança Rugfid en marche arrière lorsque les nains arrivèrent à la pierre dressée.
- Comptez les piafs, vous, au lieu de dire des âneries, fit Arzhiel en haussant les épaules et en renversant la pierre d’un coup de pied.

Aussitôt, une épaisse fumée jaunâtre et nauséabonde s’éleva dans les airs en sifflant, recouvrant la silhouette massive d’un démon cornu à l’air menaçant.

- Pauvres fous qui m’avez libéré ! ricana-t-il. Je vais vous massacrer !
- Malédiction ! pesta Svorn. L’elfe nous a joué un vilain tour !
- En plus, c’était pas prévisible, rien,
dit Arzhiel. On n’aurait jamais songé à un piège…
- Mourez, pathétiques nains !
rugit le monstre. Je suis le terrible Abaddon !
- Je me rends ! lança Arzhiel en pouffant. J’abaddonne !
- Comment ?!
grogna le démon devant les nains hilares. Vous vous moquez ?!
- Attention, il va se fâcher tout rouge ! lança Brandir en pointant la créature à la peau écarlate.
- Cessez ! Arrêtez de rire ! Mais arrêtez quoi ! Contemplez les flammes de l’enfer !
- Il pète le feu !
rit Hjotra devant les mains enflammées d’Abaddon, troublé.
- Mais taisez-vous ! C’est moche ce que vous faites…Je suis un démon du second cercle ! Vous allez me pourrir la réputation en riant comme des baleines !
- Bon sang, mais ils ont quoi avec les bêtes aujourd’hui ?
s’exclama Arzhiel. Allez, le rouge, on t’épargne et on accepte de partir si tu nous donnes un djinn.
- Un djinn ? Pfff, c’est bon, ça marche. Mais vous me raillez plus ! Hop, le voilà, je vous l’ai mis dans un fiole pour qu’il prenne pas trop l’air. Il s’appelle Sínsen-Hûn. Et refermez le rocher en partant !

- Voilà votre bestiole,
déclara Arzhiel en tendant la fiole à Elenwë, quelques heures plus tard. J’ai rempli ma part du contrat. Faites-moi disparaître cette queue de cochon sur le fion maintenant. Ça m’a démangé toute la journée !
- Ça vous apprendra à faire des commentaires désobligeants sur ma culotte de cheval,
répondit la sorcière en s’exécutant. Quel bel élémentaire !
- Vous savez qu’on a galéré pour vous l’obtenir,
fit remarquer Arzhiel en s’inspectant les fesses. C’était aussi important que ça pour vous d’en avoir un ?
- Vital !
s’écria l’elfe en plaçant le djinn devant elle afin qu’il lui envoie un brise constante sur le visage. Avec ces horribles chaleurs, rester trop longtemps dans ces cavernes humides est mauvais pour ma peau. Mais là, ça va mieux ! C’est quoi ce regard rivé sur moi ?
- L’œil du tigre,
marmonna le nain courroucé en dégainant sa hache.
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:15

Episode LVIII – Le Gai Luron

Arzhiel poussa un long soupir désespéré avant d’entrer dans une colère noire. Il abattit sa hache sur l’armure décorative ornant le couloir, la fracassant en mille morceaux avant de patiemment la réassembler pour mieux l’exploser une seconde fois. Le nain grommelant dans sa barbe se vautra dans son trône pour bouder, non sans avoir éjecté au passage son espion qu’il venait de croiser.

- Un souci, monseigneur ? interrogea ce dernier éclaté contre le mur.
- Ce Karak est peuplé de tâches et ce qui me lamente, c’est que j’en suis leur chef ! Ecoutez celle-là : j’avais trouvé l’idée géniale de recycler ma ceinture de chasteté…Hein ? Ouais j’en ai une, je m’en sers pour me protéger des assauts d’Elenwë quand elle a ses humeurs taquines. Le truc c’était de faire boire trois litres de flotte à Rugfid et de lui coller la ceinture. L’envie de pisser était si forte qu’il courait plus vite que mon bouquetin, celui qui mord la couenne des orcs. Je mets un message urgent dans les mains de mon crétin de cousin et je file la clé de la ceinture à son expéditeur. Comme ça, terminé les problèmes de coursiers trop lents. Cet ahuri a réussi l’exploit de s’arrêter en route dans une taverne pour jouer aux dés. L’émotion de la victoire. Il a pissé partout et a fini en geôle pour implosion urinaire préméditée. Les renforts n’ont jamais eu mon message. Résultat, on a pris une autre rouste contre les elfes !
- Dur,
commenta poliment l’espion en remettant en place son épaule déboîtée.
- Ah vous êtes là ! lança vivement Elenwë en entrant. Alors ? Cette sortie ?
- Si vous saviez, ma nymphomane hideuse, quelle journée ! Je…
- Non, mais je m’en fiche en fait. Suivez-moi, j’ai une surprise pour vous !
- Vous voulez épouser un autre et vous avez besoin de mon accord ?
fit le nain en se laissant entraîner dans les couloirs. Où est-ce que je dois signer ?
- Vous êtes particulièrement tendu et boudeur ces derniers temps alors je me suis dit que j’allais vous changer les idées,
ricana la sorcière, toute excitée. Normalement, je me moque bien de vos états d’âme mais vos grognements continus perturbent mes cycles de méditation. Bref, voici un cadeau !

L’enchanteresse émoustillée ouvrit une porte et désigna un barde elfe en costume bariolé de couleurs vives, décoré de grelots avec une lyre à la main.

- C’est pour moi ? s’exclama Arzhiel, surpris et ému.
- Je caresse l’espoir qu’il vous arrache un rire ou du moins, qu’il vous détende un peu.
- C’est très touchant,
fit Arzhiel en dégainant sa hache. C’est sûr que ça va me passer les nerfs. Je vais me le faire de suite d’ailleurs !
- Mais qu’est-ce que vous faîtes ?!
hurla Elenwë en voyant son époux courir après le barde apeuré. C’est un bateleur ! Il est là pour vous distraire mais je vois que vous êtes irrécupérable ! Allez donc bouder tout seul, pauvre hère !
- Mais je ne boude pas !
protesta Arzhiel, vexé, tandis que le barde fuyait à quatre pattes.
- Non, à peine ! Vous tirez la tronche du matin au soir comme si vous veniez d’enterrer votre mère ! Vous râlez, vous criez, vous geignez ! Même les croquettes de chevreuil mariné dans la graisse de belette ne vous arrachent plus un sourire ! Vous devenez aussi gai que Svorn !
- Han !
cria le nain, horrifié. Retirez ça de suite ! C’est faux ! Je peux très bien me marrer et je vais vous le prouver. Avant ce soir, je suis sûr d’être capable de rire au moins une fois !
- C’est bon il est parti,
lança l’elfe au troubadour caché dans un vase. Dîtes, je pourrai emprunter votre costume à grelots ? C’est pour mon époux. J’ai appris qu’il s’est débarrassé de sa ceinture de chasteté. Je le connais par cœur, c’est sans doute un signal pour une torride nuit d’amour ! Et il adore se déguiser !

Arzhiel, fortement contrarié par ces accusations, tomba sur Brandir qui se rendait aux cuisines.

- Brandir, faîtes-moi rire ou je vous mets au trou. Envoyez les boutades. Je suis sûr que vous êtes un déconneur de première avec vos soldats.
- Une blague ?
fit le guerrier pris de court. Vous me prenez pour un bouffon ? Aie, non pas les dents, faudra que je vole le dentier de Svorn après ! Bon alors…euh…j’ai un jeu de mot : Il vaut mieux dans la vie l’amer boire que l’avis de la mère à boire.
- Rholala !
soupira Arzhiel, choqué. Mais que c’est mauvais ! C’est méga naze !
- Vous me prenez à froid aussi ! J’improvise ! Je suis guerrier, pas joyeux drille ! J’ai une tronche à sortir des vannes à tout bout de champ ?
- Avec votre physique, on pourrait croire, mais je constate que c’est trompeur. Finissez votre repas et allez direct au trou. Trois jours dans le noir, ça va vous aider à affiner votre sens de l’humour, mon gros.
- Attendez, seigneur ! Je dois pouvoir faire mieux ! Euh…Qu’est-ce qui est plat, rond et vert ? Un orc qui ne sait pas comment fonctionne une catapulte ! Seigneur ?


Mais Arzhiel n’écoutait plus, déjà loin. Il rencontra Ségodin peu après lors de sa promenade quotidienne de convalescence.

- Faites-moi rire, c’est un ordre, l’apostropha le nain.
- Sinon quoi ? rétorqua le chevalier en montrant ses béquilles. Vous allez encore m’envoyer en mission visiter le labyrinthe des araignées géantes ou éliminer un couple de géants belliqueux ?
- Je vous brise l’autre genou,
répondit le nain en haussant les épaules.
- J’ai pas eu trop le temps de bûcher mes histoires drôles durant ces deux dernière semaines de coma, mais je peux vous raconter ma dernière mission, ça a bien fait marrer vos médecins, votre état-major, les servantes et le peuple rassemblé sur la place du village lors de la veillée hier soir…
- Non, c’est bon, c’était marrant au début vos escapades grotesques, mais ça tourne en rond un peu. Ça se termine toujours en fiasco total et en échec lamentable, la trame est toujours la même et les gags récurrents, chutes d’une falaise, défaite contre un lutin, blessure par flèche perdue ayant ricoché trois fois avant de finir sa course dans vos miches et accident de circulation en mulet.
- C’était pas ma faute celle-là ! Ce cavalier inconscient galopait à toute vitesse sur ma file !
- Ça manque d’innovation tout ça ! La mission version dérision de quête, c’est obsolète. Faut vous renouveler mon vieux ! Je sais pas. Prenez votre public à contre-pied. Réussissez une mission pour une fois !
- Monseigneur dispose toujours de conseils avisés,
marmonna Ségodin, dépité.

Arzhiel reprit sa route, troublé. Même sa course-poursuite par Ségodin après lui avoir dérobé une de ses béquilles n’avait pas réussi à le distraire. Décontenancé par sa mauvaise humeur devenue omniprésente, le nain se refusa d’aller voir Hjotra qu’il gardait en joker, de peur d’aggraver encore son état. Déçu, il regagna son trône pour réfléchir. Un parchemin l’attendait, préparé à son attention. Curieux, il le déroula et le lut d’un trait avant d’éclater d’un rire franc et spontané.


- C’est vous qui avez écrit cette histoire ? demanda-t-il à ses conseillers. C’est trop poilant ! Il faut absolument que j’aille montrer ça à Elenwë. Ça va lui clouer le bec à cette harpie de me voir me fendre la poire comme ça !
- Mince alors,
souffla un des ministres en voyant leur seigneur hilare partir en courant. Moi qui avais déjà préparé mon baluchon pour la prison…
- Il l’a relativement bien pris en effet,
commenta le second. C’est curieux. Le rapport de bataille faisait pourtant bien mention de toutes nos pertes, de l’incendie créé dans notre campement par nos propres soldats, de la mauvaise armée attaquée pendant que la bonne pillait la citadelle et du fait que trois légions seulement aient su retrouver leur route sur les dix parties…Je pige pas que ça le fasse marrer, le patron.
- Il est vraiment pas net !
conclut le dernier en hochant tristement la tête.
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:15

Episode LIX – Le Prix de l’Âme

- Donc là, j’y vais ? demanda Brandir en fixant l’entrée de la grotte.
- Voilà, répondit Arzhiel en le poussant en avant.
- Mais on est sûr que c’est la bonne caverne ?
- Non. On s’est dit que ce serait plus sympa de visiter le premier antre d’ours des cavernes trouvé, histoire de se marrer un peu. Bien sûr que c’est la bonne caverne ! Magnez-vous d’y rentrer, il flotte et on se trempe la gueule à vous attendre !
- Ben, rentrez avec moi pour vous abriter !
lança le guerrier plus joyeux.

Ségodin soupira de détresse, Rugfid se frappa le front d’un air désolé et Svorn chercha une pierre saillante à jeter sur son camarade.


- C’est un sanctuaire sacré, pauvre courge ! rouspéta Arzhiel. Vous entrez, vous butez le gardien et vous ressortez. C’est une épreuve pour regagner votre âme. Si on vous aide, ça va tout ficher par terre et vous allez continuer à jouer les larves durant les batailles….Quoi ? Pourquoi vous boudez ?
- Vous m’avez traité de légume vert !
marmonna le nain, les bras croisés sur sa poitrine rebondie.
- Entrez là-dedans où des légumes verts, je vous en fourre la gamelle jusqu’à ce que vous arriviez enfin à passer les portes du Karak, ma grosse ! Les navets et les carottes, ça va vous détendre l’haricot !
- D’accord, j’y vais,
céda Brandir, terrifié. Mais c’est vraiment odieux de faire du chantage à vos meilleurs amis, seigneur !
- Elenwë m’en fait tout le temps. Consolez-vous en vous disant que ce doit être une forme d’expression affective chez les elfes.


Brandir fit un pas vers la grotte, jeta un caillou dedans en se cachant, refit un pas, imita le cri de la biche blessée pour attirer un éventuel ennemi, avança d’un troisième pas, rampa sur un mètre et finit par pénétrer dans la caverne en volant, jeté par le reste du groupe.

- Seigneur ? demanda Ségodin. Vous pensez vraiment que ça va marcher ? L’Esprit de la Terre qui a fixé les règles de l’épreuve pour que ce niais récupère son âme avait bien insisté sur le fait que personne ne doive l’aider.
- Ouais, je me souviens. Et alors ?
- Il me semble que le vampire qu’il devait anéantir, c’est quand même grâce à Rugfid qu’il a pu le tuer.
- D’ailleurs c’est la dernière fois que je fais l’appât !
protesta celui-ci. Il m’a ponctionné au moins un litron de sang, le crevard ! Et merci pour le suçon. Encore plus crade que ceux des sœurs de Hjotra.
- N’empêche qu’avec tout l’alcool qu’il y avait dans votre sang,
ricana Arzhiel, le mort-vivant il était raide défoncé. C’était pathétique d’ailleurs de voir un roi des temps anciens maudit pour l’éternité nager la brasse dans la poussière en récitant le poème du petit escargot courageux que même Hjotra était trop vieux pour connaître…
- Je ne suis pas certain que ce combat fut bien loyal,
insista Ségodin.
- C’est bon, vous n’allez pas chipoter avec les règles ! Le vampire est mort, tué par Brandir. Nous, on était juste là en observateurs.
- Et le ver géant des marais ? Paralysé par l’odeur de pieds de Svorn ! C’était bien une intervention extérieure !
- Vous charriez,
rétorqua Arzhiel. La puanteur l’a rendu dingue. Il poussait les mêmes cris que ma femme quand elle…enfin quand elle est contente et il se débattait tout autant. D’un autre côté, Svorn, repousser une bestiole qui vit dans des eaux croupies et qui bouffe des cadavres moisis, ça devrait un peu vous mettre la puce à l’oreille niveau hygiène corporelle.
- Mon cœur et ma foi sont purs, eux !
se raidit le haut-prêtre. Par contre, reculez un peu. Avec la pluie, ça risque un peu de sentir le phoque mouillé dans pas longtemps.
- L’Esprit a exigé l’essence de bêtes bien balèzes contre l’âme de Brandir,
reprit Arzhiel en s’éloignant avec les deux autres. Vous croyez vraiment que cette andouille aurait été capable d’en venir à bout sans nos coups de pouce ?
- Vous admettez donc que votre bourrade qui m’a envoyé au fond du gosier de l’élémentaire de plantes avant son combat contre Brandir n’était pas accidentelle ?!
s’écria Ségodin.
- Mais si voyons, vous imaginez des choses, mon vieux. C’était juste le fruit du hasard si les élémentaires de plantes digèrent mal les vingt kilos d’acier de votre armure et que ça a empoissonné son sang, l’affaiblissant « légèrement » avant que Brandir ne le découpe.
- « Légèrement » ?!
répéta Svorn en se mouchant dans un linge aux tâches douteuses. La plante verte a gerbé ses entrailles et enfonçait ses racines dans sa gorge pour se faire vomir Ségodin !
- Vous voyez, le grand,
plaisanta Arzhiel. Comme ça vous saurez qu’Elenwë n’est pas la seule à rendre son repas à l’idée de vous avaler tout cru !
- C’est distingué !
pesta le chevalier. Je m’en fiche, j’annonce tout de suite que si l’Esprit de la Terre nous maudit pour notre tricherie, je nierai tout et vous accuserai.
- Mais quelle petite balance !
rugit Rugfid en lui écrasant les orteils. Vous croyez qu’on fait ça pour s’amuser ? C’est de la camaraderie et de l’esprit d’équipe ! De la solidarité et du soutien inconditionnel ! Parce qu’on est un clan, une famille !...J’y pense. Mais où est Hjotra ?
- Je l’ai laissé dans la cage aux provisions de l’ogre des collines qu’on a vaincu dans son sommeil hier,
avoua Arzhiel. Je lui ai offert un nid douillet d’amour avec l’autre captif, le troll baveur aux pustules en remerciement de sa diversion. Je crois que Hjotra lui plaisait bien. J’ai reconnu la flamme de son regard louchant quand il le regardait.

Les nains et l’humain se mirent à l’abri sous un sapin proche, Svorn face au vent, tandis que la pluie redoublait. Le temps égraina de longues heures d’attente dans le froid alors que le jour déclinait. Arzhiel commença à s’inquiéter vraiment quand Rugfid eut fini de remplir toutes les jointures de l’armure de Ségodin endormi avec divers insectes grouillants et visqueux.

- Vous pensez qu’il va s’en sortir sans nous ? interrogea-t-il, nerveux.
- Il faut avoir confiance en lui, clama Svorn avec aplomb. Il a mis en jeu l’avenir de ses poignets d’amour face aux légumes verts, c’est une meilleure marque d’assurance pour lui que sa parole. En plus, il sait qu’on lui ruine sa race au retour s’il échoue.
- C’est dans les Ecritures Sacrées que vous lisez ce genre de discours ?
- Non, c’est de moi là. Une version plus personnelle, mais la finalité est identique.
- Tout de même, un minotaure enragé,
fit Rugfid, soucieux. C’est pas hors challenge pour lui ? C’est comme si Ségodin combattait un orque tétraplégique, aucune chance de victoire. Je l’ai vu implorer le pardon à un chiot édenté et furax la semaine dernière…
- Il faut qu’il se mette en boule,
affirma Arzhiel. Non, n’essayez pas crétin, c’est une expression. Mais si l’autre lui fait un commentaire sur son bide ou lui sort un mot de plus de trois syllabes, Brandir va devenir fou furieux. Il chargerait même un dragon dans cet état.
- Regardez !
lança Svorn. Il revient ! Il est vivant ! Et il tient la tête du minotaure dans ses bras ! La victoire est sienne !
- Zut,
soupira Rugfid. Je dois dix pièces d’or à Hjotra…
- Félicitations !
l’accueillit Arzhiel quand Brandir approcha. Je retire toutes les fois où j’ai dit que vous ne valiez pas un pet. Vous l’avez boisé le taureau ?!
- Euh, pas vraiment,
répondit le guerrier ennuyé. En fait, il s’est suicidé. Il m’a demandé qui j’étais et le but de ma visite quand je l’ai trouvé. Je crois que mes explications n’étaient pas très claires. Faut dire aussi que je n’ai pas tout compris dans cette histoire d’âme et d’épreuve. Bref, il s’est tranché les veines avec les dents après la seconde heure où je lui répondais. J’ai ramené sa tête, ça compte ?
- On va dire que oui,
fit Arzhiel, dépité. Allez, on se rentre, les enfants.
- Je me demande comment je vais expliquer tout ça à l’Esprit de la Terre,
songea Brandir. Dites, vous ne voulez pas y aller à ma place ? Hé ? Mais attendez-moi ! Ne me laissez pas ici. Ça pèle, c’est moche, y a des bêtes dans les bois et Ségodin endormi sous un arbre ! Revenez, quoi !
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Eidhir
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MessageSujet: Re: La Saison 2   Ven 30 Nov - 20:27

Episode LX – La Prise d’Otage

Arzhiel pénétra dans la chambre conjugale en sifflotant, convenablement distrait par la course en sac qu’il avait organisé pour son état-major avec meute de loups aux trousses en prime. Personne n’avait gagné, mais voir Hjotra et Svorn s’allier pour lancer Brandir aux fauves en plus de Ségodin plaquant Rugfid au sol avant de se faire à son tour rattraper l’avait mis de fort bonne humeur.

- Ah, ben vous êtes là ! lança-t-il en voyant Elenwë assise au milieu de la pièce, un elfe noir tenant un poignard sous sa gorge. Vous avez raté un spectacle génial ! Faîtes-moi penser à le refaire pour les fêtes de fin d’année et…Tiens, c’est qui ? C’est un de vos amis ?
- Il a l’air d’être mon ami ?! rétorqua l’elfe terrifiée. Il a son couteau sous ma gorge ! Oh, par les Quatre Vents ! C’est terrible ! J’ai une peau qui marque si facilement !
- J’en sais rien, fit le nain en se renfrognant. Il est peut-être barbier. C’est plausible. C’est pas comme si vous n’en aviez pas besoin en plus…
- Comment ?! tiqua l’enchanteresse.
- Silence !s’écria Vorshek en tapant du pied. Fermez-la ! Tous les deux ! Ou je lui perce un nouvel orifice sous le menton.
- Bof,soupira Elenwë. Déjà qu’il ne va pas voir les autres, ça ne fera pas grande différence.
- D’autres ont tenté, parait-il, répondit Arzhiel. On ne les a jamais revu !
- Silence ! répéta l’elfe noir avec plus d’insistance. Vous n’êtes pas conscient de la gravité de la situation ?! Je vais égorger ta sale femelle, nain !
- C’est quoi ce plan ? fit Arzhiel, intrigué. Combien vous me prenez pour la buter ?
- Quoi ?!cria Elenwë. Vous négociez ma mort avec un coupe-jarret ?!
- J’envisage tous les aspects possibles de la situation, se défendit le nain.
- Tu ne vas pas fanfaronner longtemps, nabot ! La chance t’a déjà permis d’échapper une fois à mes lames, mais cette fois-ci, tu es piégé avec ta femme en otage.
- Ah, mais je vous reconnais ! C’est vous le tueur à la tourte ! Mais vous êtes encore là ?
- J’ai vécu caché dans une galerie du reliquaire en pansant mes plaies, grogna l’assassin. Il m’a fallu des mois pour semer ce stupide cerbère qui me déchiquetait à chaque fois que je voulais m’enfuir !
- C’est donc ça ! comprit Arzhiel. Je savais bien qu’il avait l’air un peu patraque ces derniers temps. Je me doutais qu’il devait bouffer une saloperie en dehors des repas.
- Mais je tiens ma vengeance ! exulta Vorshek. Enfin ! Tu es en mon pouvoir, nain ! Tout d’abord, tu vas aller me chercher la baguette de Selzix le fourbe que je convoite tant. Ensuite, je laverai tous les affronts subis en t’étripant sous les yeux de ton épouse, que j’épargnerai si elle se montre docile.
- Non, navrée, ça ne va pas être possible, intervint Elenwë. J’ai déjà fréquenté un drow et ça m’a rendu malade.
- Comme Touffou mon cerbère,commenta Arzhiel. C’est sûr que quand on avale n’importe quoi…
- Vous êtes bien placé pour faire des remarques, vous qui vouliez sortir avec ma sœur une semaine avant nos noces !
- Il fallait bien que je teste aussi ! Une elfe, ça change des filles normales quoi ! En plus, c’est trompeur. Votre sœur valait davantage le coup…
- Vous vous êtes fait…s’écria Elenwë, stupéfaite. Ma propre sœur ?!...Avant nos noces !
- Oups ! ricana nerveusement Arzhiel. Héhé, je croyais que vous le saviez !
- Non, mais c’est pas sérieux là ! soupira Vorshek. Gémissez, suppliez, pleurez, mais pas la scène de ménage ! Je vais vous taper ! Je vous préviens !
- Et bien tuez-le lui ! râla la sorcière. Il est en train de me courir sur le pistil !
- Ça recommence ! fit Arzhiel. C’est pénible. On ne peut pas avoir une discussion d’adulte avec elle. Toujours à se braquer, c’est chiant !
- Vous essayez de me rendre taré, hein ? demanda le drow en fixant le couple qui boudait. Vous voulez me faire croire que vous ne vous supportez pas, c’est ça ?
- C’est pas une lumière, votre pote, dit Arzhiel.
- CE N’EST PAS MON AMI ! hurla Elenwë. Espèce de truffe ! Donnez-lui donc cette fichue baguette. Je vais me faire trouer la peau parce que ce tire-laine avec sa mine de constipé croit que vous tenez à moi !
- C’est vrai qu’en ayant vécu aussi longtemps dans ce Karak, monsieur le tueur, c’est pas très glorieux.

Vorshek passa une main tremblante sur son visage couvert de sueur. Encore une fois, les habitants de cette cité de fous essayaient de l’abattre psychologiquement. Il devait jouer son dernier atout pour ne pas perdre le contrôle de la situation.

- Votre comédie ne prendra pas avec moi, caqueta-t-il d’un ton vil. Je sais que vous partagez les mêmes sentiments et j’en ai la preuve !
- Ça y est, pesta Arzhiel. Il a réussi à me faire paumer ma bonne humeur avec ses insinuations dégoûtantes ! Pffff !
- Votre femelle elfe porte votre héritier, nabot ! Elle est enceinte de vous, elle me l’a avoué croyant que je pourrais avoir pitié d’elle !
- QUOI ?! hurla à son tour Arzhiel en voyant l’expression gênée d’Elenwë. Mais…comment ? Et avec qui ?
- J’en aurai pour des heures à vous expliquer malgré le fait que vous fûtes présent à la conception, débile ! Regardez votre tronche dans un miroir et demandez-vous pourquoi je ne voulais pas vous le dire. On dirait un dépravé sous l’emprise de champignons hallucinogènes en pleine nausée ! Comme à la conception d’ailleurs…

- Enceinte…balbutia Arzhiel, sonné. C’est pour quand ?
- Dans quatre mois.
- Ça va encore, ça me laisse du temps pour me barrer assez loin….Quatre mois. Mais j’y pense ! C’est pour ça que vous avez pris du bide ?! Je croyais que vous forciez sur la bibine !
- Venant d’un nain qui petit déjeune à la bière et aux côtelettes, c’est un peu fort !
- Attention à ce que vous dîtes ! Laissez mes chères côtelettes en dehors de ça. On n’attaque pas sur les trucs persos !
- Vous parlez de mon bide !
- Et alors ? Vos genoux cagneux et votre culotte de cheval sont jaloux ?
- Virez-moi ce couteau ! gronda la sorcière en essayant de se lever. Je vais me le faire !
- Ça vous a pas suffit une fois ?! gémit Arzhiel, effrayé. Regardez où on en est avec vos « oh frottez-moi les pieds, mon cœur », « je me colle contre vous parce que vos poils de dos soyeux chauffent plus que les fourrures » ou vos « mais si, vous êtes à croquer dans ce costume d’angelot » !
- Calmez-vous ! lança Vorshek en retenant Elenwë avec peine. Ils sont très bien vos genoux ! Calmez-vous, bon sang !
- Ah, la bougresse ! grommela Arzhiel.Quand je pense à tout ce que j’ai fait pour vous ! Et j’ai quoi en retour ? Vous me faîtes un enfant dans le dos ! Bigre, mais ça y est, je percute maintenant pourquoi vous me réveilliez en pleine nuit pour vous obtenir des huîtres à la gelée de framboises au milieu de l’hiver ! Vous savez que Ségodin a mis un mois entier pour vous en rapporter quand je l’ai envoyé en mission en plein territoire en guerre ?
- Euh…murmura Vorshek en levant le doigt. Je peux avoir ma baguette ?
- Je vais vous pulvériser ! éructa Elenwë, folle de rage. Ce n’est pas grave, je dirai à mon enfant que son père est mort au combat et que ses derniers mots étaient pour moi !
- C’est-à-dire que si c’est pour vous maudire, y a des chances que ça se réalise.

A bout de patience, Elenwë poussa un cri de colère et laissa éclater son courroux. Sa magie déchaînée balaya la pièce en faisant trembler les murs, foudroyant l’elfe noir sur place et envoyant Arzhiel bouler contre le plafond.

- Ah ben vous avez mis le temps pour lâcher la purée, marmonna Arzhiel, une commode en morceaux sur la tête, le doigt pointé en direction de l’assassin calciné.
- Oh, cher amour ! fit Elenwë, émue, en le soulevant. Vous avez seulement dit ces horribles choses pour libérer ma magie ? Vous saviez que vous ne pouviez pas nous débarrasser de ce monstre sans cela ? C’est tellement beau !
- Euh…Ouais, c’est ça, répondit le nain en trouvant sage de garder pour lui sa dernière vanne sur la taille du futur ventre de son épouse proche de celle de Brandir.
- Je suis tellement heureuse ! lança l’elfe toute gaie en serrant son mari disloqué contre elle. Cet enfant sera le fruit de notre amour. Comment allons-nous l’appeler ?
- Je ne sais pas, souffla Arzhiel, étouffé entre les seins de la sorcière. On aurait pu lui donner le nom du drow pour faire original. Il ne vous l’a pas dit avant d’être réduit en charpie ?

Elenwë hocha négativement la tête, enleva des débris de chairs d’elfe noir des cheveux de son mari et l’embrassa tendrement.

- Vorshek…soupira l’assassin encore fumant tandis qu’Arzhiel battait des pieds pour se dégager.
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La Saison 2

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